« À 78 ans, Joe Biden vient d’être élu pour un mandat de quatre ans comme président des États-Unis. À 76 ans, je suis encore en mesure de faire du bon travail pour au moins les cinq prochaines années comme nouveau directeur du développement chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne », m’explique Michel Constantineau, conseiller en placement au long et riche parcours, qui vient de décider de délaisser le confort douillet de la retraite pour relever un tout nouveau défi.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

On dit que 60 ans est le nouveau 50, mais se faire recruter à 76 ans pour prendre en charge le développement des activités de détail en courtage de valeurs mobilières d’une banque canadienne relève davantage de l’exception que de la règle.

Michel Constantineau refuse pour sa part de considérer sa nouvelle embauche comme un exploit. Il s’agit plutôt pour lui de la poursuite d’une passion qu’il a développée au fil des ans et qui ne s’est jamais éteinte.

En préretraite depuis 10 ans maintenant et officiellement à la retraite depuis le 1er janvier dernier de chez RBC Dominion Securities, Michel Constantineau, qui a fait carrière durant plus de 30 ans comme conseiller en placement, vient d’être recruté par Valeurs mobilières Banque Laurentienne comme directeur du développement des affaires.

C’est un ancien collègue, Vincent Hogue, aujourd’hui premier vice-président, clients particuliers, chez VMBL, qu’il a connu à ses débuts dans le métier chez Geoffrion Leclerc en 1987, qui lui a fait cette « offre qu’il ne pouvait refuser ».

Mais revenons un peu dans le temps. Au début des années 1960, Michel Constantineau amorce sa carrière dans le domaine de la musique en se joignant à Laniel Amusement, une entreprise propriétaire d’un parc de juke-box et de la compagnie de disques Trans-Canada.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Michel Constantineau, 76 ans, est le nouveau directeur du développement de Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

Ils avaient les juke-box, mais ils avaient besoin de contenu. Je me suis associé au producteur Denis Pantis, et on a développé les vedettes de l’époque, Les Sultans, Michèle Richard… En 1964, j’ai acheté la compagnie de disques et le catalogue, que j’ai revendus en 1980 à Cablevision.

Michel Constantineau

Il achète une ferme à Dunham et commence à s’intéresser à la Bourse. De 1980 à 1986, il approfondit ses connaissances, vit de ses placements et décide de prendre sa licence de conseiller.

Une activité qui le passionne et qu’il va pratiquer à temps plein jusqu’en 2010 en comptant beaucoup de clients dans le milieu de la musique et du divertissement. À partir de 2010, il a décidé d’adresser de plus en plus de ses clients à Hugues, son fils et associé, lui aussi conseiller chez RBC Dominion Securities.

« Je me suis acheté une propriété en Floride, mais je continuais à conseiller mes clients à distance. J’ai été dans le top 20 des 1800 courtiers de RBC Dominion. J’ai toujours cherché à faire les bons placements. Il fallait que j’en aie 7 sur 10 qui surperforment. Comme à l’époque de la musique, il fallait qu’on ait 7 de nos artistes dans le top 10 du palmarès », évoque le conseiller.

Retour aux affaires

Il y a une semaine, Michel Constantineau m’a contacté pour m’aviser qu’il venait d’être recruté par VMBL comme conseiller en placement et directeur du développement des affaires. À 76 ans, il pouvait contribuer à relancer les activités de courtage au détail chez VMBL qui accuse un certain retard par rapport à ses pairs de l’industrie, ce que me confirme Vincent Hogue, premier vice-président, clients particuliers, chez VMBL.

Je suis chez VMBL depuis un an, et on m’a donné le mandat de relever nos activités de détail, et Michel peut nous aider à le faire, peu importe son âge. Il a de l’énergie, de très bonnes connaissances du marché et il a un réseau de contacts.

Vincent Hogue, premier vice-président, clients particuliers, chez VMBL

Mais qu’est-ce qui a poussé le principal intéressé à reprendre le collier, lui qui avait ralenti le rythme depuis 10 ans et pris sa retraite en janvier dernier ?

« Je n’ai jamais arrêté même si j’ai ralenti. Je m’occupe de mes portefeuilles sur une base quotidienne – je viens de réaliser cette année ma meilleure année à vie – et je continue à conseiller des amis ou d’anciens clients. Je vais le faire de façon plus systématique, mais à mon rythme.

« Le conseil en placement, c’est avant tout relationnel. Il faut développer un climat de confiance et bien évaluer les objectifs et les tolérances au risque des clients. Je vais continuer de jouer au golf, mais je vais le faire avec mes clients. De toute façon, pas question d’aller en Floride cet hiver », souligne-t-il.

Michel Constantineau a déjà eu plusieurs centaines de millions d’actifs sous gestion et jusqu’à 150 clients. Là, il compte canaliser ses énergies à recruter de nouveaux conseillers et des clients fortunés à qui il souhaite proposer un panier de cinq ou six portefeuilles.

« Je ne vais pas travailler plus fort qu’à couper du bois sur ma terre ou m’occuper de mes 20 000 plants de vignes ou de mon érablière. Je suis super motivé et en forme. J’ai fait mes 75 push-up avant de te rencontrer ce matin », m’avise la verte recrue.

Et pour encore bien me faire comprendre que l’âge n’a rien à voir avec la compétence ou la capacité de discernement dans des univers complexes, Michel Constantineau me souligne que Joe Biden a choisi Janet Yellen comme secrétaire au Trésor, une autre verte recrue de 74 ans.