La Presse a visité quelques centres commerciaux vendredi après-midi pour tâter le pouls des commerçants et des consommateurs à la suite de l’imposition de nouvelles règles limitant le nombre de clients à l’intérieur des magasins.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

Les visiteurs qui entrent au Centre Eaton sont accueillis par une forte présence de gardiens de sécurité qui les invitent à se laver les mains. Une vingtaine de personnes font la queue devant le Sephora et environ le même nombre devant la boutique Uniqlo.

« Je suis surpris qu’il y ait autant de gens ! En semaine, c’est rare qu’on ait une file comme ça, mais les week-ends, on en a. C’est sûr que notre capacité est pas mal réduite à l’intérieur », confie Jean-François, qui accueille les clients chez Sephora.

La situation semble bien maîtrisée dans ce centre commercial du centre-ville de Montréal. De nombreux commerçants remarquent que la fréquentation a même un peu baissé pour un vendredi. Le vrai test des nouvelles mesures sera plutôt en fin de semaine, selon eux.

On fait aussi la queue chez Lush, une boutique de produits cosmétiques, mais c’est devenu la norme depuis l’imposition de la première série de règles dans les magasins en septembre dernier, constate Leïla Ben Chérif, une employée. La capacité du magasin a été réduite de moitié par les nouvelles mesures.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Un employé compte le nombre de clients qui entrent au Winners de la Place Versailles.

Dans l’est de Montréal, au magasin Winners de la Place Versailles, l’employé à l’accueil compte les entrées et les sorties à l’aide d’une application sur son téléphone. Une ligne se forme rapidement alors que son compteur atteint les 218 clients permis à l’intérieur.

Quelques clients attendent aussi devant les portes du magasin Foot Locker. « C’est l’enfer, c’est sept clients au maximum ! Avant, ils en prenaient une quinzaine », se plaint Tracy Robles, qui patiente devant le magasin de sport. Mme Robles achevait son magasinage des Fêtes qu’elle avait surtout fait en ligne.

Ailleurs dans le centre commercial, c’est plus tranquille. Certains employés se plaignent que des comportements interdits soient tolérés par la direction et espèrent que les nouvelles règles changeront les choses.

Ici, il n’y a personne qui respecte les règles. Les gens ne viennent pas pour magasiner, ils viennent pour flâner. Il y a toujours des gens qui mangent sur place et qui restent des heures.

Annick Perron, employée chez Manteaux Manteaux

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À la Place Versailles, la distanciation n’est pas idéale autour de la fontaine.

La directrice de la Place Versailles confirme que la sécurité tolère que les clients mangent sur place, tant sur les bancs dans les allées qu’autour des fontaines, bien que les tables aient été retirées de l’aire de restauration.

Par ailleurs, La Presse a pu constater que certains commerces n’affichent pas clairement leur capacité d’accueil et que l’un d’entre eux ne respectait pas la limite affichée.

Des mesures qui diffèrent d’un centre commercial à l’autre

Sur ses nombreuses portes d’entrée, la Place Versailles affiche une capacité d’accueil de 4000 personnes, mais la direction explique ne pas avoir de méthode pour savoir combien de personnes se trouvent à l’intérieur.

On a conféré avec des personnes liées au gouvernement pour savoir comment fonctionner. En temps normal, on n’a pas 4000 personnes dans le centre. Les chances qu’on atteigne ce chiffre-là sont basses.

Élisabeth Payne, directrice de la Place Versailles

Au Centre Eaton, c’est 3900 personnes qui ont le droit de se trouver à l’intérieur. La Place Montréal Trust, voisine, peut en accueillir 2100.

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La Place Montréal Trust affiche clairement la capacité maximale sur ses portes.

Ivanhoé Cambridge, la filiale immobilière de la Caisse de dépôt et placement du Québec qui est propriétaire des deux centres commerciaux, a mis en place des mesures importantes pour contrôler l’affluence à l’intérieur.

Les portes des commerces donnant directement sur la rue Sainte-Catherine et le boulevard De Maisonneuve ont été fermées et il n’est plus possible d’accéder aux magasins par le métro. Toutes les portes qui demeurent ouvertes sont munies de compteurs de foules et les responsables de la sécurité savent en temps réel combien de personnes se trouvent à l’intérieur, selon Katherine Roux-Groleau, directrice des affaires publiques chez Ivanhoé Cambridge.

Des mesures sont également en place si la quantité de clients s’approche de la limite, comme la fermeture d’autres entrées et la création d’une file d’attente pour tout le centre commercial rue Sainte-Catherine.

Depuis vendredi, les commerces situés en zone rouge peuvent accueillir un maximum d’un client par 20 m2 de superficie. Ils doivent afficher clairement leur capacité d’accueil à leur entrée. Ce sont les commerçants qui sont tenus de gérer l’affluence et le respect des règles sanitaires par les clients.