Chocolats Favoris, le transformateur et détaillant de chocolat de Québec, a décidé qu’il allait maintenant travailler avec du chocolat durable.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Son intention est que, d’ici la fin de 2021, 100 % des pistoles qui entrent dans la fabrication de ses propres fondues, trempettes et autres gâteries chocolatées soient ainsi certifiées. Actuellement c'est déjà 90 %. Et rendu en 2023, la chaine prévoit que ce soit 100 % de tous les produits vendus, incluant ceux préparés à l'extérieur.

C’est Dominique Brown, président de l’entreprise, qui l’a appris à La Presse. « Ça a déjà commencé à être mis en place, mais là, on l’annonce officiellement », nous a-t-il confié en entrevue vidéo, à partir de Québec, où sont le siège social de l’entreprise et ses installations de 42 000 pieds carrés.

« Et cette fois-ci, ça n’arrive pas souvent, on espère que nos compétiteurs vont nous copier. »

Qu’est-ce que du chocolat durable ?

C’est d’abord du chocolat équitable, donc où on s’est assuré que les travailleurs engagés pour la production sont payés un prix juste et où il n’y a pas d’enfants exploités, un gravissime problème dans ce secteur.

Mais c’est plus que ça.

C’est du chocolat issu de méthodes de production qui assurent la continuité saine des communautés, de l’environnement, des entreprises.

« On veut, par exemple, aider les agriculteurs à être plus productifs, mais sans déforestation », explique Dominique Brown.

Mais il peut aussi être question de pratiques qui permettent aux villages de mieux fonctionner, aux fermes de moins polluer.

Ce n’est pas Chocolats Favoris qui ira vérifier.

C’est Cocoa Horizon, une fondation ayant son propre conseil d’administration, mais mise sur pied par Barry Callebaut, une immense entreprise mondiale dans le domaine du chocolat, établie en Suisse et fournisseuse de la matière première pour Chocolats Favoris par l’entremise de son usine de Saint-Hyacinthe.

Dominique Brown ne le cache pas. Son entreprise n’est pas spécialisée en approvisionnement. Cette partie-là du boulot, il la laisse à son fournisseur, même s’il aurait bien aimé aller en Côte d’Ivoire voir les fermes et le travail de Cocoa Horizon, ce que le virus a empêché.

Lui, son travail, c’est la transformation du chocolat et la mise en marché de produits et d’expériences chocolatés.

Son enseigne compte 52 chocolateries, soit sept en Ontario, une en Colombie-Britannique et le reste au Québec. Parmi elles, il y a des franchisés, d’autres pas. La marque compte aussi une foule de produits distribués dans les supermarchés et autres commerces de détail. Depuis le début de la pandémie, le commerce en ligne a explosé. Chocolats Favoris fait même de la livraison.

« Jamais je n’aurais cru qu’on aurait pu livrer des cornets de crème glacée trempés dans le chocolat », confie-t-il.

Est-ce que les prix seront affectés par le changement au chocolat durable ?

Non, assure-t-il. Et ce, même si le chocolat durable coûte un peu plus cher – de 1 % à 4 % – que le chocolat standard. Rien que la société n’est pas capable d’absorber sans affecter sa rentabilité.

Et le choix allait de soi. L’entreprise voulait aller là, pour être fidèle à ses valeurs.

« J’espère que ça va faire une différence, dit-il. On veut faire une différence significative dans la communauté. C’est dans nos engagements. »

Dominique Brown est aussi conscient que la jeune clientèle est particulièrement réceptive aux questions environnementales.

Va-t-il un jour aller vers le bio ? « Pas dans l’immédiat. »

Mais il est vraiment « très, très fier » de ce premier pas vers le durable.

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Est-ce assez ? Est-ce un premier pas vers un monde idéal ?

Comme le rappelait ma collègue Hélène Baril dans un article publié lundi, vu du ciel, le monde du cacao n’est pas très équitable. Selon des chiffres mis de l’avant par le Financial Times, les détaillants, un peu partout dans le monde, empochent 44,2 % de la valeur finale sur le marché d’une tonne de cacao et les distributeurs, 35,2 %, tandis que les producteurs, dont la vaste majorité est en Afrique de l’Ouest, surtout en Côte d’Ivoire et au Ghana mais aussi au Sénégal, doivent se contenter d’une part de 6,6 %. Et ils sont environ 2 millions à partager cette maigre portion.

Ce ne sont pas eux qui s’enrichissent, même si ce sont eux qui produisent toute cette matière première. Où est l’argent ? Dans la transformation, comme le fait Chocolats Favoris, mais aussi comme le font tous les Valrhona, Nestlé, Mars et Barry Callebaut du monde, quand ils prennent les cabosses – le fruit du cacaoyer – pour en faire des pistoles, après un long processus de séchage, macération, torréfaction, broyage, malaxage, etc. Et même éventuellement des chocolats de fantaisie, des pâtisseries ou des produits de cuisine, des tablettes et compagnie.

Certains pays producteurs ont commencé à agir pour ramener la transformation localement, afin d’aider les économies locales à profiter de la passion mondiale pour le chocolat. Au Ghana, par exemple, le gouvernement, qui joue un rôle dans l’industrie, vestige colonial, s’est engagé à ce que 40 % de la transformation ait lieu sur place, même si le processus commence lentement et même si les grands acteurs mondiaux ne sont jamais loin.

Mais ce n’est pas demain que les Ivoiriens et les Ghanéens – qui produisent environ les deux tiers du cacao du monde – en profiteront réellement. Et malheureusement, il y a encore des enfants qui travaillent dans le secteur, dans les plantations, en même temps que, grâce à la Bourse, certains encaissent des millions sur les marchés à terme grâce au chocolat. Et ce, même si, en théorie, il y a un prix plancher pour le cacao afin de protéger un peu les producteurs.

En fait, le déséquilibre entre ceux qui en profitent et ceux qui font pousser les cabosses est tellement grand que même les multinationales voient bien que ça ne peut pas durer. Pour s’approvisionner, elles ont besoin que les communautés agricoles non seulement survivent, mais aussi vivent décemment et que le développement profite un peu à tout le monde, en commençant par leurs fournisseurs.

Barry Callebaut n’est pas la seule entreprise à se préoccuper de ces questions. Mars, par exemple, a aussi son programme, Cocoa for Generations. Hershey a Cocoa for Good et Nestlé a son Cocoa Plan.

Que Chocolats Favoris embarque dans cette lancée est un bon début.

Mais il y a encore beaucoup à faire, afin que les fermiers en Afrique de l’Ouest et ailleurs dans le monde aient leur réelle part du prix parfois bien sucré que l’on paie pour nos tablettes de chocolat adorées.