Cogeco pourrait bien passer en mode achat si Rogers décide de larguer sa participation dans l’entreprise québécoise de communications et médias, d’autant que la valeur des actions de Cogeco et de sa principale filiale semble attrayante au cours actuel.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Le PDG de Cogeco n’a pas attendu d’être questionné par les analystes pour aborder l’offre hostile de 11 milliards du duo Altice-Rogers qui demeure valide jusqu’au 18 novembre.

Philippe Jetté a lancé la conférence téléphonique organisée mercredi, en marge de la présentation des résultats de fin d’exercice, en expliquant que les administrateurs avaient écarté l’offre en tenant compte du rejet unanime de la proposition par les membres de la famille Audet.

« Je souhaite souligner la saine gestion de la famille Audet au cours des 63 dernières années qui a permis à l’entreprise de grandir et prospérer. Cogeco bénéficie d’une position unique et enviable en tant que seule entreprise de services à large bande présente de façon significative au Canada et aux États-Unis », a-t-il dit.

Interrogé à savoir si Cogeco était prête à augmenter la cadence de rachat d’actions, Philippe Jetté a répondu que l’entreprise veut conserver sa capacité à réaliser des acquisitions, mais qu’elle reste à l’affût.

Advenant une situation spéciale où un bloc d’actions devait devenir disponible, on pourrait certainement faire partie de la solution. Mais il faut voir si ce bloc devient disponible à un moment donné.

Philippe Jetté, PDG de Cogeco

La direction de Rogers a laissé entrevoir la semaine dernière qu’elle pourrait vendre sa participation dans Cogeco et Cogeco Communications si son offre d’achat hostile achoppe.

Rogers détient 6 millions d’actions de Cogeco et 10,7 millions d’actions de Cogeco Communications.

Cogeco a racheté pour 175 millions de dollars d’actions après le renouvellement l’an dernier de son programme de rachat d’actions. Ce programme a toutefois été mis sur pause par « excès de prudence » en mars en raison de la pandémie.

L’action de Cogeco Communications est largement sous-évaluée d’un point de vue fondamental, et ce, même si on n’accorde aucune chance de réalisation à l’offre d’achat ou même à un autre geste visant à créer de la valeur par la direction, par exemple un essaimage des activités américaines ou une modification de la structure organisationnelle.

Vince Valentini, analyste à la TD

L’action de Cogeco est en baisse d’environ 25 % depuis le 1er janvier et celle de Cogeco Communications affiche un recul de près de 20 % jusqu’ici en 2020.

« C’est incroyable dans le contexte où il y a une offre d’achat sur la table de 150 $ par action de Cogeco Communications », poursuit Vince Valentini.

« Malgré le fait que Cogeco n’est pas exposée à la guerre de prix dans le sans-fil au Canada et qu’environ la moitié de la valeur économique Cogeco est liée à ses activités à large bande aux États-Unis, le titre affiche cette année la pire performance nord-américaine dans notre univers de couverture en télécoms », ajoute-t-il.

Philippe Jetté a rappelé mercredi que Cogeco était positionné comme consolidateur de câblodistributeurs régionaux des deux côtés de la frontière, et que la pandémie n’empêchait pas la poursuite de la stratégie avec la clôture de l’acquisition de Thames Valley en mars aux États-Unis, la clôture de l’acquisition d’iTeract en mai au Canada, ainsi que l’annonce la semaine dernière d’une entente visant l’achat de DERYtelecom.

Des experts épatés par les résultats

La principale filiale de Cogeco a dévoilé mardi soir une performance de fin d’exercice supérieure aux attentes en raison notamment d’une demande soutenue pour le service internet à haute vitesse tant au Canada qu’aux États-Unis, ce qui est attribuable à un plus grand nombre de gens travaillant à domicile en raison de la pandémie.

L’entreprise a ajouté 8943 clients à son service internet canadien, alors que le nombre d’ajouts nets avait atteint 2540 au même trimestre l’année dernière. Cogeco a ainsi attiré un nombre substantiellement plus important de nouveaux abonnés à internet que les 2000 attendus par Aravinda Galappatthige, de la firme Canaccord.

Cet analyste qualifie d’« exceptionnelle » la performance des activités de Cogeco aux États-Unis. L’entreprise a attiré 13 523 nouveaux clients à son service internet, presque six fois plus qu’il y a un an.

Pour Vince Valentini, le nombre de nouveaux abonnés à internet aux États-Unis est plus impressionnant encore que la performance financière.

Il rappelle que Comcast avait épaté les investisseurs avec des prévisions de 500 000 nouveaux abonnés à son service à large bande à son troisième trimestre. Compte tenu de la taille relative de la filiale américaine de Cogeco, Vince Valentini calcule que l’ajout de 13 523 clients équivaudrait à plus de 800 000 pour Comcast.

La filiale Atlantic Broadband, de Cogeco, est d’ailleurs l’élément convoité par Altice dans l’offre d’achat élaborée avec Rogers.

Les projections financières présentées mardi soir par Cogeco pour l’exercice 2021 laissent présager une croissance des revenus, du bénéfice brut et des flux de trésorerie inférieure à 5 %. Ces prévisions sont jugées « conformes » aux attentes par Aravinda Galappatthige. Cet expert anticipait une croissance de 2 % des revenus et de 3 % du profit brut pour le prochain exercice.