Le câblodistributeur Altice USA, l’un des plus gros aux États-Unis, a déposé une offre hostile de 10,3 milliards pour Cogeco et sa principale filiale, Cogeco Communications, une proposition qui prévoit aussi le rachat des activités canadiennes de Cogeco par Rogers. Même si la proposition lui rapporterait pas moins de 800 millions, la famille Audet, actionnaire de contrôle de l’entreprise, a rejeté l’offre mercredi.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Mais est-ce que même un prix supérieur pourrait convaincre la famille Audet de céder l’emprise qu’elle détient ? Il n’a pas été possible de parler à la direction de Cogeco, ni à Louis Audet, président exécutif du conseil.

En début de soirée, Cogeco et Cogeco Communications ont annoncé que « les membres indépendants de leurs conseils d’administration » rejetaient également la proposition d’Altice et de Rogers. « Le refus fait suite à des rencontres tenues plus tôt aujourd’hui [mercredi] par les conseils d’administration et à des discussions avec des membres de la famille Audet. »

Altice aux États-Unis, Rogers au Canada

Altice USA, division américaine du conglomérat européen Altice, propose d’acheter entièrement Cogeco et Cogeco Communications pour ensuite vendre les actifs canadiens à Rogers pour 5 milliards. De cette somme, Rogers ne débourserait réellement que 3,4 milliards en argent en raison de sa participation actuelle dans Cogeco.

Altice s’intéresse surtout aux activités américaines de Cogeco exploitées sous le nom d’Atlantic Broadband et valorisées à environ 5 milliards. La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a un intérêt d’un peu plus de 20 % dans Atlantic Broadband, n’a pas souhaité réagir.

Après la famille Audet, Rogers est actuellement le principal actionnaire de Cogeco (41 %) et de Cogeco Communications (33 %). Rogers est actionnaire de longue date, ayant commencé à accumuler des actions au début des années 2000.

Pour Rogers, détenir une participation dans Cogeco était une façon de se positionner pour être aux premières loges pour discuter d’une offre amicale le jour où la famille Audet serait prête à vendre. La famille Audet n’a toutefois jamais vraiment démontré d’ouverture à cet égard au fil des années, même s’il y a eu de la spéculation à certains moments.

Cogeco affirme que l’offre d’achat reçue mardi soir a été dévoilée publiquement de « manière anticipée », et la nouvelle n’a pas manqué de faire réagir le premier ministre François Legault.

Il n’est pas question de laisser cette entreprise québécoise déménager son siège social en Ontario.

Le premier ministre du Québec, François Legault, sur les ondes d’une station de radio appartenant à Cogeco, dans le cadre d’une entrevue déjà prévue

François Legault a même parlé d’une « chicane entre deux gros actionnaires ». Il a ajouté que des membres de son entourage ont discuté avec Louis Audet.

Juste une première offre ?

Pour l’analyste Adam Shine, de la Banque Nationale, la divulgation de cette offre d’achat et le refus de la famille Audet ne sont qu’une première étape, ce qui laisse entendre qu’une offre bonifiée pourrait venir.

L’entrée en scène d’un chevalier blanc n’est pas non plus à écarter. Le bond de 3 % de l’action de Québecor mercredi laisse croire que « quelqu’un pense que Québecor pourrait se présenter en acquéreur à la place de Rogers, avec le support du gouvernement du Québec qui préférerait cette alternative », a commenté un analyste qui a demandé à ne pas être identifié. « Mais encore une fois, ce scénario n’est possible que si la famille Audet est disposée à vendre », a-t-il précisé.

Malgré le refus de la famille Audet, les investisseurs ont fait grimper l’action de Cogeco de 17 %, à 92 $. Celle de Cogeco Communications a bondi de 15 %, à 114 $. Les deux titres sont toutefois encore loin de leurs sommets respectifs de 107 $ et de 120 $ atteints en novembre dernier et ont clôturé mercredi à une valeur de beaucoup inférieure à celle qui équivaut à la prime liée à l’offre d’achat.

Les actionnaires de Cogeco se font offrir l’équivalent de 106,53 $ par action et ceux de Cogeco Communications, l’équivalent de 134,22 $ par action, selon les termes de la proposition dévoilée mercredi. « Bien que ce soit attrayant, il a toujours été présumé qu’une acquisition de Cogeco Communications nécessiterait un prix supérieur à 150 $ par action », souligne Adam Shine, dans une note de recherche.

Cet analyste juge donc l’offre d’achat opportuniste, surtout que la pandémie a fait reculer la valeur des actions en Bourse.

Cogeco en bref

•Entreprise familiale fondée par feu Henri Audet en 1957 avec la station de télévision CKTM-TV à Trois-Rivières
• La société de portefeuille Cogeco est contrôlée par Gestion Audem, le holding privé de la famille Audet qui détient 69 % des droits de vote de Cogeco. Cette dernière contrôle à son tour 83 % de tous les droits de vote de sa filiale Cogeco Communications, en plus de contrôler 100 % de Cogeco Média (stations de radio).
• PDG : Philippe Jetté
• Revenus (2019) : 2,4 milliards
• Bénéfice (2019) : 444 millions
• Cogeco Communications est l’un des 10 plus importants câblodistributeurs en Amérique du Nord, avec une présence au Québec, en Ontario et dans 11 États américains.
•1,2 million de clients du service internet, 940 000 clients du service télé, 518 000 clients du service de téléphone
• Cogeco Média : 22 stations de radio au Québec (dont le 98,5 FM) et une station en Ontario

— Avec Isabelle Dubé, La Presse, et La Presse Canadienne