En début d’année, Isabelle Oligny avait pris sa décision : elle fermait définitivement son commerce de vente de poulets et de produits alimentaires santé, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

L’entreprise avait durement souffert de l’ouverture de la partie prolongée de l’autoroute 35 vers les États-Unis, à l’automne 2014. Ce changement a fait perdre la moitié des ventes à la boutique de la route 133, les clients empruntant désormais un autre chemin pour se rendre dans cette région.

Puis est survenu un miracle, un évènement qui a transformé la vie du producteur de poulets de grain : la COVID-19. Du jour au lendemain, les ventes ont explosé, forçant Les Fermes d’Isabelle à remettre aux calendes grecques le projet de fermeture.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Isabelle Oligny, propriétaire des Fermes d’Isabelle, entreprise qui se consacre à l’élevage de poulets et à la vente de produits alimentaires santé à Saint-Jean-sur-Richelieu

J’étais en train de tout liquider. Puis, le gouvernement a annoncé le confinement. Les gens ont eu peur de manquer de nourriture et ce fut la folie furieuse à mon commerce, semblable au phénomène du papier de toilette. En une fin de semaine, j’ai fait huit fois les ventes habituelles d’une semaine.

Isabelle Oligny

Une économie qui se transforme

Tout au début de la pandémie, rappelez-vous, j’osais faire une prédiction plutôt audacieuse, avant l’hécatombe dans les CHSLD : non, l’économie ne s’effondrerait pas, elle se transformerait.

Et c’est ce qui est arrivé, ni plus ni moins. L’argent destiné aux commerces et aux restaurants a été dépensé ailleurs ou épargné, ce qui a provoqué la faillite ou la fermeture de certaines entreprises. D’autres industries ont profité du confinement à la maison, notamment les entreprises agroalimentaires.

Oui, le soutien des gouvernements a beaucoup aidé, il faut l’admettre. Tout de même, une partie du portefeuille des consommateurs a été dépensée ailleurs, tout simplement.

Le reportage de ma collègue Nathaëlle Morissette sur les entreprises agrotouristiques, le lundi 24 août, est un autre exemple du phénomène. Certaines ont enregistré des ventes records cet été, aidées non seulement par les effets de la COVID-19, mais aussi par l’appel à l’achat local.

> (Re)lisez le texte « Agrotourisme : un été chaud en ventes et en visites »

Des entreprises d’autres secteurs industriels, comme le fabricant de motomarines et de véhicules tout-terrain BRP, de Valcourt, ont vu bondir leurs ventes et leurs profits.

Isabelle Oligny est évidemment ravie de la tournure des évènements. Produire ses propres poulets de grain et les vendre dans sa boutique est un rêve qu’elle développe depuis qu’elle a terminé son bac en agronomie à l’Université Laval, en 1994.

Elle a commencé dans le garage de ses parents, en 1998, et ouvert sa propre boutique sur la route 133 vers 2002. Puis, tout s’est écroulé avec le prolongement de l’autoroute 35, après 2014, avant de ressusciter avec le coronavirus.

Isabelle Oligny affirme que sa production est unique. Avec le maïs et le soya de sa terre de 300 arpents, elle fait elle-même la moulée sans OGM qui nourrit ses poulets. De plus, elle a de l’espace pour permettre à ses poulets pour s’épivarder, contrairement à d’autres producteurs, et elle les attrape tous à la main pour ne pas les apeurer.

De la musique pop pour les poulets

« Mes poulets sont heureux. Je leur mets même de la musique pour qu’ils s’habituent au bruit et ne craignent pas le tonnerre, par exemple. Je les arrose l’été pour qu’ils ne souffrent pas de la chaleur, ce qui fait que je n’ai perdu aucun poulet cet été lors de la canicule », dit-elle.

Il faut savoir que des bruits et évènements inhabituels (tonnerre, feux d’artifice, etc.) peuvent stresser les poulets et durcir la viande, d’où l’intérêt de les habituer aux bruits en leur faisant entendre de la musique. Pour les curieux, sachez que l’entreprise syntonise le 104,1 FM, station de radio de Saint-Jean-sur-Richelieu qui diffuse les succès des années 1980. Oubliez les poulets nourris au heavy métal !

Malgré ces soins et le coût élevé des quotas, l’entreprise vend ses poulets – des chapons pour la plupart – à un prix au kilo très semblable à celui des supermarchés. Son équipe conçoit aussi des produits à base de poulet, comme la saucisse, et vend des produits du terroir d’autres producteurs (agneau, porc, bœuf, canard, produits de l’érable, tarte maison, etc.).

Avec la réouverture récente des restaurants, le volume d’affaires a baissé, mais demeure supérieur à l’avant-COVID-19. Chaque semaine, Isabelle Oligny parvient à vendre de 400 à 500 poulets de sa production, aidée notamment pas son fils, Louis-Philippe Beaudoin, qui représente la quatrième génération de producteurs agricoles de cette famille.

Isabelle Oligny espère que les consommateurs auront conservé ce goût de préparer eux-mêmes leurs repas à la maison, comme la volonté d’acheter des produits locaux sains. Il reste à lui souhaiter que ce changement dans les habitudes des consommateurs soit durable, et qu’elle trouve des solutions au déplacement de la circulation automobile.