La visite des vignobles, des fermes et des autres entreprises agrotouristiques a la cote cet été. Devant l’engouement des touristes québécois pour les produits du terroir, certains propriétaires – littéralement dévalisés – devront fermer boutique plus tôt dans la saison. Pour d’autres, l’été 2020 aura permis d’enregistrer des ventes records.

Texte: Nathaëlle Morissette
Texte: Nathaëlle Morissette La Presse
Photos: Edouard Plante-Fréchette
Photos: Edouard Plante-Fréchette La Presse

Dans l’île d’Orléans, le Vignoble Ste-Pétronille, qui voit ses réserves de vin fondre comme neige au soleil, aura du mal à demeurer ouvert jusqu’à la fête du Travail, alors que sa saison se termine normalement en décembre. « C’est fou !, lance sans détour le propriétaire Louis Denault, également président du Conseil des vins du Québec. Les gens attendent en ligne avec leur masque et ça repart avec beaucoup de bouteilles. »

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Louis Denault, propriétaire du Vignoble Ste-Pétronille

Le producteur de vin, qui ouvre en général à la fin d’avril, a accueilli ses clients un mois plus tard cette année en raison de la pandémie. Malgré tout, son vin a trouvé plus rapidement preneur.

Louis Denault, qui produit 60 000 bouteilles annuellement, n’est pas le seul à être populaire auprès des touristes québécois cet été. Plusieurs entreprises agrotouristiques interrogées par La Presse connaissent, cette saison, un succès qu’elles n’avaient pas vu venir.

Juste à côté du domaine de M. Denault, Saint-Pierre le Vignoble devra aussi se résoudre à fermer boutique plus tôt.

J’avais 16 000 bouteilles à vendre [au début de la saison]. Il ne me reste qu’un seul vin à vendre. Normalement, on est ouvert jusqu’à la fin d’octobre. Là, je ne me rendrai pas jusqu’à la fin de septembre, c’est certain.

Christiane Grégoire, copropriétaire de Saint-Pierre le Vignoble

Mme Grégoire estime avoir fait quatre fois plus de ventes cette année qu’à la même période l’an dernier. « C’est assez énorme, dit-elle. Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde à l’île d’Orléans. Les vins sortaient à la caisse. »

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Le vignoble Saint-Pierre estime avoir fait quatre fois plus de ventes cette année qu’à la même période l’an dernier.

En Estrie, au Vignoble de l’Orpailleur, les ventes de vin sur place ont augmenté de 12 %, et ce, même si les visiteurs étaient un peu moins nombreux en raison de toutes les mesures sanitaires mises en place, souligne Charles-Henri de Coussergues, cofondateur du vignoble. L’Orpailleur produit annuellement 300 000 bouteilles. De ce nombre, près de 35 % sont vendues au domaine situé à Dunham. « En SAQ, les ventes ont explosé, en épicerie, les ventes ont explosé, sur le web, les ventes ont explosé », précise-t-il.

Cette augmentation vient compenser les pertes en restauration. Des vignerons ont souffert de la fermeture des restaurants et de l’annulation d’évènements, comme des mariages, que certains ont l’habitude d’accueillir sur leur site.

Plus de canards et de bières

Les producteurs de vin ne sont toutefois pas les seuls à avoir reçu beaucoup de visiteurs. À la ferme du Canard goulu, à Saint-Apollinaire, les touristes québécois ont été nombreux à faire un arrêt pour acheter steaks de canard, saucisses et cuisses confites ainsi que pour visiter la ferme, confirme le propriétaire Sébastien Lesage. À la ferme, en juillet, les ventes ont augmenté de 38 %. Et dans l’ensemble de ses quatre boutiques, toutes situées dans la région de Québec, il a connu une hausse de 13 %.

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Alexandre Laverdure et son fils Samuel sont venus chercher quelques produits offerts par la ferme du Canada goulu.

Les microbrasseries figurent elles aussi sur la liste des lieux visités par les touristes. À Kamouraska, près de Rivière-du-Loup, la microbrasserie Tête d’allumette a fait le plein de vacanciers qui sillonnaient les routes. « On a été plein tout l’été, observe la copropriétaire Élodie Fortin. Je pense qu’il y a eu beaucoup de gens qui ont décidé de descendre dans le Bas-du-Fleuve. »

Comme la microbrasserie est située sur un grand terrain, Mme Fortin peut accueillir beaucoup de clients à l’extérieur tout en respectant les règles de distanciation physique. Elle n’a toutefois pas pu réaliser les mêmes ventes que l’an dernier. La raison : les heures d’ouverture de la Tête d’allumette ont été considérablement réduites puisqu’il manquait de personnel.

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À Kamouraska, près de Rivière-du-Loup, la microbrasserie Tête d’allumette a fait le plein de vacanciers qui sillonnaient les routes.

À plus de 200 kilomètres de là, à Saguenay, La Voie Maltée a aussi reçu beaucoup de visiteurs provenant de l’extérieur de la région. « Cet été, on voit vraiment une augmentation des touristes, indique Véronique Guérin, coordonnatrice des communications pour l’entreprise qui compte quatre succursales [deux à Québec et deux à Saguenay]. Pendant les vacances de la construction, on a eu un achalandage plus grand que l’année dernière. Les touristes viennent compenser la diminution de nos clients locaux qui sont en télétravail. »