Écartés de la restructuration de Nemaska Lithium, les petits actionnaires de l’entreprise préparent une riposte qui prendra la forme d’une action collective.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

« C’est la meilleure voie pour nous », a indiqué hier Alain Clavet, porte-parole d’un groupe d’actionnaires qui s’est battu jusqu’à la fin pour ne pas tout perdre dans la restructuration de Nemaska Lithium.

Maintenant qu’ils ont été écartés, ils préparent une riposte. S’il est normal que les actionnaires d’une entreprise prennent des risques et perdent leur mise en cas de faillite, ce n’est pas le cas de Nemaska Lithium, qui n’est pas en faillite, dit Alain Clavet.

« Ce qui s’est passé avec Nemaska Lithium est totalement inhabituel, explique-t-il. Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, n’a pas cessé de dénigrer publiquement l’entreprise et il a fait fuir les investisseurs intéressés. »

De fait, des huit acheteurs potentiels qui avaient satisfait aux critères dans le processus mené par le syndic PricewaterhouseCoopers, tous se sont désistés à l’exception d’Investissement Québec et de la firme Pallinghurst.

Pallinghurst, firme de Londres spécialisée dans le financement minier, s’intéressait déjà depuis longtemps à Nemaska et voulait y investir 600 millions, rappelle Alain Clavet. « Ce qui s’est passé lui permet de mettre la main sur 50 % de Nemaska Lithium pour quelques millions de dollars. »

Critiques répétées

Au cours des derniers mois, le ministre de l’Économie a plusieurs fois critiqué Nemaska Lithium, notamment au sujet de sa structure de financement et du fait qu’elle a émis des actions à la Bourse. Le gouvernement du Québec avait pourtant participé dès le début à la recherche de financement de Nemaska Lithium, qui avait besoin d’un milliard de dollars. Le gouvernement est devenu actionnaire de l’entreprise et détenteur de titres de dettes.

Ce financement « mal ficelé » dénoncé par le ministre, qui combinait plusieurs options originales, avait reçu le prix du meilleur financement minier de 2018 au Canada. Le président de l’entreprise, Guy Bourassa, avait aussi été récompensé par son conseil d’administration pour avoir bouclé ce financement et avait reçu une prime spéciale de 300 000 $ qui avait porté sa rémunération annuelle à 1,76 million.

Tout récemment, à la veille de l’annonce de l’entente avec Pallinghurst, le ministre Fitzgibbon en a remis en qualifiant la structure de Nemaska Lithium de « patente à gosse » et de « sapin de Noël qui a disjoncté ».

Ingérence politique

« Le ministre a failli à ses devoirs », estime le porte-parole des actionnaires écartés de la restructuration. « Si vous êtes un investisseur étranger et que vous entendez le ministre de l’Économie parler ainsi d’une entreprise, ça ne vous donne pas le goût d’investir », résume Alain Clavet.

Les actionnaires estiment non seulement que les propos de M. Fitzgibbon ont été néfastes pour l’entreprise et pour leur investissement, mais aussi qu’il a nui au climat économique du Québec. Ils ne digèrent pas qu’après avoir dénigré l’entreprise, Québec est maintenant prêt à y réinvestir jusqu’à 300 millions.

Il s’agit d’une ingérence politique inacceptable, selon les actionnaires, qui ont chargé leur avocat, Jean Lozeau, de préparer une demande d’action collective avec l’aide de firmes spécialisées.

Nemaska Lithium menait en parallèle la construction d’une mine de spodumène à Whabouchi et l’exploitation d’une usine de démonstration de lithium à Shawinigan, avant de mettre fin à ses activités pour cause de dépassement de coûts.

Le ministre Pierre Fitzgibbon a laissé entendre que seule l’usine de Shawinigan pourrait être relancée dans un premier temps, avec de la matière première importée.