(Londres) Le géant pétrolier BP a subi une perte massive de 16,8 milliards de dollars au deuxième trimestre, conséquence de la crise du marché pétrolier, qui le pousse à verdir ses activités et à réduire son dividende pour la première fois depuis la marée noire de 2010.

Jean-Baptiste OUBRIER
Agence France-Presse

Le groupe britannique, qui a dévoilé ses résultats mardi dans un communiqué, a connu son pire trimestre depuis l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique il y a dix ans.

BP a choisi de passer dans ses comptes sur ce seul trimestre des charges exceptionnelles d’environ 20 milliards de dollars et correspondant à des dépréciations d’actifs, notamment dans l’exploration et la production.

Le groupe doit réviser à la baisse la valeur de ses activités en raison de la chute récente des prix du pétrole, lesquels devraient rester faibles pour longtemps, compte tenu de l’impact de la pandémie sur la demande mondiale.

Les cours du pétrole se sont effondrés à partir de mars, passant même brièvement en négatif en avril avant de se reprendre pour tourner désormais autour de 40 dollars, un niveau bien inférieur à celui observé l’an passé.

BP s’attend à un prix du pétrole compris en moyenne entre 50 et 60 dollars jusqu’à 2050.

Son concurrent Royal Dutch Shell avait lui annoncé la semaine dernière et pour les mêmes raisons une perte nette abyssale de 18,1 milliards de dollars au deuxième trimestre.

BP, qui avait choisi de maintenir son dividende jusque-là, a annoncé une baisse de 50 %, à 5,25 cents pour le trimestre, contre 10,5 cents par action au trimestre précédent.

Cette décision devrait lui permettre de faire davantage d’économies afin de traverser la crise, après avoir déjà prévenu de la suppression de 10 000 emplois dans le monde, soit 15 % de ses effectifs.

Il avait précédemment dit vouloir réduire de 25 % ses dépenses d’investissements et dévoilé un programme d’économies de 2,5 milliards de dollars pour 2021.

L’ensemble de ces nouvelles n’ont pas semblé surprendre les investisseurs qui réservaient au contraire le meilleur accueil à cette publication. Le titre du groupe bondissait de 5,68 % à la Bourse de Londres vers 9 h 10, heure de l'Est.

« La perte de BP n’est pas pire que ce que les analystes attendaient » et la baisse du dividende « est moins forte que celle de son homologue Royal Dutch Shell qui a réduit son propre dividende de deux tiers cette année », observe Russ Mould, analyste chez AJ Bell.

Stratégie verte

BP compte également mener une vaste transformation, assurant ne plus vouloir être un « groupe pétrolier », mais un « groupe énergétique », afin de répondre à la nouvelle donne consécutive à la pandémie et respecter ses engagements à devenir neutre en carbone d’ici 2050.

Les résultats « s’expliquent par un nouveau trimestre très difficile, mais également par les mesures délibérées prises pour réinventer l’énergie et BP », assure son directeur général Bernard Looney.

Le groupe a annoncé vouloir multiplier par 10 ses investissements dans l’énergie à faible émission carbone d’ici 2030, pour atteindre 5 milliards de dollars par an, notamment dans les renouvelables.

Dans le même temps, il prévoit sur la période une baisse de sa production de pétrole et de gaz d’au moins un million de barils équivalents pétrole par jour, soit un repli de 40 % par rapport aux niveaux de 2019.

BP va renoncer à l’exploration dans de nouveaux pays et vise des cessions pour 25 milliards de dollars entre le second semestre de 2020 et 2025.

Ces initiatives doivent lui permettre d’être rentable avec un baril autour de 40 dollars pour la période 2021-2025.

« BP ne va pas arrêter d’être une compagnie pétrolière et gazière du jour au lendemain, mais la direction est claire », souligne Nicholas Hyett, analyste chez Hargreaves Lansdown.

Pour Luke Parker, analyste chez Wood Mackenzie, il s’agit même de « la feuille de route la plus claire et détaillée dévoilée à ce jour par une major ».

Les mesures de BP ont été saluées par l’ONG Greenpeace, qui n’avait pas ménagé ses critiques jusqu’à présent sur la stratégie « verte » du groupe, jugée trop vague.

« BP doit aller plus loin […] Mais c’est un début nécessaire et encourageant », note Mel Evans, une responsable de l’ONG. « BP a pris conscience de la nécessité immédiate de réduire les émissions carbone cette décennie », selon elle, appelant Shell et le reste du secteur à lui emboîter le pas.