(New York) Après une chute des ventes de billets d’avion au printemps, les compagnies aériennes américaines espéraient voir la demande se redresser, mais le récent pic de cas de COVID-19 les fait douter et elles se préparent à une vague massive de licenciements à l’automne.

Juliette MICHEL
Agence France-Presse

Sans surprise, elles ont vu leurs revenus s’effondrer au deuxième trimestre : -86 % chez American Airlines, -88 % chez Delta, -87 % chez United Airlines, -83 % chez Southwest.

Alors que le virus se propageait, les autorités locales ont imposé des mesures de confinement limitant drastiquement les déplacements.

Les potentiels clients se sont aussi montrés réticents à rester dans un espace clos pendant plusieurs heures, d’autant que le port du masque est resté aléatoire pendant un certain temps dans les cabines.

Les grandes compagnies ont depuis généralisé l’obligation de couvrir son visage pendant les vols et certaines, comme Delta et Southwest, bloquent les sièges du milieu.

Toutes ont observé un redressement de la demande en mai et juin et attendaient avec espoir les vacances d’été, mais elles n’ont pu que constater un nouveau coup d’arrêt en juillet avec la remontée des cas de COVID-19 aux États-Unis.

« La demande pour le transport aérien devrait rester faible tant qu’un vaccin ou un traitement n’est pas disponible pour lutter contre les cas et la propagation de la COVID-19-10 », a avancé jeudi le PDG de Southwest Gary Kelly.

« Compte tenu des effets combinés de la pandémie et de la crise économique mondiale consécutive, nous continuons de penser qu’il faudra plus de deux ans avant que nous puissions voir une reprise durable », avait estimé Ed Bastian, le PDG de Delta Air Lines, mi-juillet.

United s’attend pour sa part à ce que ses revenus finissent par se stabiliser à la moitié de ce qu’ils étaient en 2019, jusqu’à ce qu’un vaccin soit largement distribué. La compagnie n’a avancé aucune date à cet égard.

Environ 45 % des personnes interrogées dans le cadre d’un sondage mené par le cabinet Raymond James ont indiqué vouloir attendre 2021 pour prendre l’avion pour le plaisir, et 70 % pour le travail.

Voyages d’affaires

Les voyages professionnels sont de fait particulièrement touchés.

« On ne va pas avoir 180 000 personnes se rendant au Salon de l’électronique grand public à Las Vegas en janvier prochain comme l’an dernier », a relevé Scott Kirby, le PDG de United, mercredi.

« Les entreprises ne vont pas envoyer leurs 500 meilleurs commerciaux à la fin de l’année pour une grande fête et célébration tant que la pandémie n’est pas passée », a-t-il ajouté.

L’agence de notation SP Global Ratings s’attend pour sa part à une « reprise lente et irrégulière (du trafic) qui devrait se poursuivre en 2021 ».

Le patron de Boeing David Calhoun avait semé la panique en mai en avertissant qu’une grande compagnie aérienne américaine allait probablement faire faillite, tout en se gardant de donner un nom.

Pour l’instant, les quatre plus importantes compagnies ont subi plus de 10 milliards de dollars de pertes en trois mois : 5,7 milliards pour Delta, 2,1 milliards pour American, 1,6 milliard pour United et 915 millions pour Southwest.

Mais elles multiplient les initiatives pour limiter les pertes et lever le plus possible de fonds, en hypothéquant par exemple leur programme de fidélité, le temps de laisser passer le gros de la crise sanitaire.

Le rythme auquel elles brûlent des liquidités chaque jour a ralenti au fur et à mesure du trimestre. Chez Delta, il a ainsi diminué de 70 % en juin par rapport à mars pour atteindre 27 millions de dollars par jour. Chez American il est passé de 100 millions par jour environ en avril à 30 millions en mars.

Cela n’empêche pas les compagnies de se préparer à des licenciements massifs dès qu’elles en auront le droit, puisqu’en échange d’une enveloppe totale de 25 milliards de dollars d’aides du gouvernement, elles se sont engagées à ne virer personne jusqu’au 30 septembre.

American Airlines a prévenu qu’elle pourrait congédier jusqu’à 25 000 personnes et United Airlines jusqu’à 36 000 personnes. Les plans de départs pourraient être moins importants si certains employés décident d’ici là de partir volontairement.

Chez Southwest, 16 900 des 60 0000 salariés ont ainsi déjà décidé de quitter la compagnie.