(Ottawa) L’ironie n’échappe pas à Mélanie Joly. Au cours des dernières semaines, celle qui est à la tête de six agences de développement économique régional en est venue au constat que la « région » qui pourrait bien avoir besoin du plus grand soutien fédéral est… sa ville, Montréal.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Bien que la bataille contre la COVID-19 soit encore loin d’être gagnée, on commence à y voir plus clair, estime la ministre du Développement économique. En entrevue avec La Presse, elle puise dans son lexique guerrier pour illustrer son propos. « On était dans un espèce de fog of war, un brouillard où ta menace, tu la comprends, mais c’est quand même un ennemi invisible. »

Et au fur et à mesure que le brouillard se dissipait, la lecture de la situation a évolué, dit-elle.

« Oui, les régions étaient affectées parce que le travail saisonnier l’était – on a un plan de match pour l’agriculture, un pour le tourisme, un pour les pêches –, mais je me suis rendu compte qu’après avoir fait tout ça, il y avait une place où jamais on n’avait joué un rôle. Et c’était au centre-ville de Montréal, dans les centres-villes du pays. »

Sa grande préoccupation du moment ? « Le rez-de-chaussée du centre-ville de Montréal, parce que ce sont des commerces qui n’ont jamais nécessairement eu d’aide de l’État.

« Et le problème que j’ai, c’est qu’il n’y a pas de moyen au fédéral de parler aux PME à Montréal », affirme la ministre et députée d’Ahuntsic–Cartierville dans un entretien au téléphone.

« Nouvelle priorité » pour un « nouveau problème »

Elle s’affaire donc à « arriver avec une nouvelle priorité » pour les agences régionales afin d’« aider aussi les commerçants dans nos grandes villes ».

Car si celles-ci ont des missions régionales assez bien définies dans l’ouest et dans l’est du pays, elles n’ont pas vraiment d’empreinte en Ontario ou encore au Québec. Or, la santé financière de leurs villes a une incidence directe sur celles des régions. « Les chaînes d’approvisionnement des industries de l’aluminium, des industries manufacturières sont en lien avec celles de Montréal », argue la ministre Joly.

Des 962 millions de dollars qui ont été versés au Fonds d’aide et de relance régionale (FARR), créé à la mi-mai, quelque 211 millions iront aux PME installées en région au Québec, y compris 71 millions pour permettre aux entreprises et organismes d’avoir accès au capital dans les communautés rurales desservies par les sociétés d’aide au développement des collectivités (SADC).

La ministre dit ne pas s’attendre à une bonification de l’enveloppe pour la concrétisation de sa promesse métropolitaine. « La question, c’est comment je vais le dépenser », lance-t-elle. Et elle ne voit pas de problème de perception à ce que le gouvernement Trudeau, reporté au pouvoir en grande partie grâce aux voix qui ont été récoltées en 2019 dans les métropoles du pays, vole à leur secours.

Mon nouveau problème, c’est le centre-ville de Montréal. J’y vais vraiment en fonction de ce que la pandémie a comme conséquences.

Mélanie Joly, ministre fédérale du Développement économique 

« C’est sûr qu’il y a un enjeu, donc il faut l’aborder, concède-t-elle. Et je sais que les agences de développement, c’est la façon la plus terrain, la plus concrète, d’aider nos entrepreneurs. »

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a rendu public mardi un rapport d’experts sur la relance économique de la métropole. Le comité présidé par l’économiste Luc Godbout a formulé 16 recommandations et offert un aperçu de l’ampleur des transformations liées à la pandémie de COVID-19 pour de nombreux secteurs, dont la main-d’œuvre, les entreprises et les commerces, le transport, ainsi que les industries culturelles.