Le saint Graal des jeunes entreprises n’est pas suffisant pour Vention. « Si on devient seulement une licorne, ce sera un peu un échec », affirme Étienne Lacroix, cofondateur de l’entreprise qui rêve de rejoindre au sommet les deux géants mondiaux de l’automatisation industrielle.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Conscient qu’il s’agit d’une affirmation forte et aussi humble que possible en la faisant, M. Lacroix n’en demeure pas moins confiant pour l’avenir de son entreprise.

« Dans le monde de l’automatisation, il y a deux géants, Siemens en Allemagne et Rockwell aux États-Unis, et je pense qu’on est en train de créer le troisième. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Étienne Lacroix, cofondateur de Vention

Le terme « licorne » désigne généralement de jeunes entreprises privées à la croissance fulgurante et dont la valeur dépasse le milliard de dollars américains. Ce n’est pas encore le cas de Vention, qui doit annoncer aujourd’hui la conclusion d’une nouvelle ronde de financement totalisant 38 millions de dollars canadiens. La valeur estimée de l’entreprise n’a pas été communiquée.

Le fonds d’investissement canadien bien connu Georgian Partners est le nouveau venu dans le club des actionnaires de Vention. Il y rejoint les fonds canadiens Real Ventures et White Star Capital, en plus des américains Bain Capital et Bolt, qui ont tous renouvelé leur mise.

« Nous avons été incroyablement impressionnés par Vention », affirme Emily Walsh, de Georgian Partners, qui se joindra au conseil d’administration de Vention.

Ils œuvrent dans un marché incroyablement grand, avec des entreprises valant plusieurs milliards de dollars. Nous voyons beaucoup d’opportunités qui feraient en sorte qu’elle devienne une entreprise significative au Canada.

Emily Walsh

Vention est apparue en 2017, en proposant principalement un logiciel en ligne permettant aux manufacturiers de créer leurs propres machines à l’aide de composantes conçues par elle, un peu comme des blocs Lego. Son attrait reposait sur la facilité d’utilisation du logiciel, qui permettait aux ingénieurs d’une entreprise manufacturière de concevoir eux-mêmes en quelques jours, voire quelques heures, des machines sur mesure qui auraient pu nécessiter des mois de travail avec un fournisseur auparavant.

D’abord statiques, ces machines sont devenues animées avec le lancement l’an dernier d’un nouvel outil logiciel et de nouvelles composantes permettant l’automatisation. Ce nouvel outil logiciel mise lui aussi sur la simplicité, permettant la création de robots « sans code ». En plus d’étendre son marché, ces nouveautés ont fait doubler le panier d’achats moyen chez Vention.

« C’est un peu comme IKEA, qui est passée des simples tables aux cuisines complètes », compare Mme Walsh.

La plateforme logicielle de Vention permet de réduire significativement les coûts d’intégration des nouvelles machines, qui peuvent facilement atteindre quelques millions de dollars normalement. Cela lui permet, explique M. Lacroix, de cibler des entreprises manufacturières de plus petite taille, « qui n’ont juste pas les moyens » de s’équiper autrement.

Vention compte présentement une centaine d’employés et environ 1000 clients, beaucoup aux États-Unis, mais aussi un peu partout ailleurs, jusqu’en Asie, selon M. Lacroix. Les sommes recueillies devraient justement servir en partie à accroître la présence de l’entreprise en Europe et en Asie, en plus d’étendre sa gamme de produits.