Vous n’êtes pas seul.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Comme la vôtre, ma maison déborde de contenants consignés. Des canettes d’aluminium et des bouteilles, vides. Des pots de yaourt de verre aussi, qui ne sont pas officiellement dans le système de consigne, mais que je peux rapporter.

Ils devaient prendre le chemin de Racine, où la Fromagerie de la Nouvelle-France les récupère en échange de quelques sous. Mon projet a été suspendu.

Pour la bière, j’entasse tout dans une grande boîte, en attendant.

Pour le lait que j’achète en bouteille, j’ai trouvé où on les reprend déjà. Mais ce n’est pas partout.

Donc j’y vais quand j’en ai suffisamment pour que ça vaille la peine.

Rien de cela n’est convivial.

Je le fais parce que mettre un contenant consigné dans mon bac de recyclage me pose problème. Une sorte d’égratignure sur ma conscience. C’est comme jeter de la nourriture qui n’est plus bonne. Ce n’est pas un drame. Mais je déteste ça. Je m’en veux. Ça fait partie des moins de ma journée.

J’avais hâte, donc, que la récupération des contenants consignés reprenne. Pour aller porter toute cette matière pas exactement compostable et faire la bonne chose.

Surtout, surtout, que, selon Recyc-Québec, qui a consulté les autorités en santé publique, le risque de contamination par les contenants consignés est très faible.

Les miens, je peux vous garantir qu’il n’y a pas un virus qui pourrait vivre sur leur surface.

Ils sont en quarantaine forcée dans mon sous-sol depuis des semaines, des mois, en attendant de repartir.

La gestion du petit risque me semble assez simple. On laisse simplement les bouteilles en « attente » le temps nécessaire. Et on parle ici d’heures, pas de semaines.

Quand j’ai lu, jeudi, que l’Association des détaillants du Québec était furieuse contre le gouvernement, qui a décidé qu’à partir du 8 juin partout au Québec sauf à Montréal et à partir du 22 juin à Montréal, le système allait reprendre comme avant le virus, j’ai eu un pincement au cœur.

Pas parce que je suis d’accord ou furax contre l’une ou l’autre des parties, mais parce que je suis déçue que ça ne reprenne pas dans la sérénité.

La consigne, en commençant par celle des bouteilles de bière, fait partie des politiques de diminution des déchets qui fonctionnent : 70 % des bouteilles de verre consignées sont récupérées et remises dans le système. Et les deux tiers des contenants de boissons gazeuses.

En comparaison, seulement 28 % du verre pas consigné est récupéré dans nos bacs. Et il n’est pas question ici de faire ensuite fondre tout ça pour fabriquer de nouvelles bouteilles. La matière est plutôt pulvérisée et utilisée notamment comme isolant dans les centres d’enfouissement. On cherche d’autres débouchés.

Avec la consigne, on lave et on stérilise et on réutilise le même contenant sans autre transformation. Il est facile de comprendre pourquoi cette approche est de loin la plus intéressante. Et elle devrait être étendue à une foule d’autres contenants, notamment les bouteilles de vin.

Chaque fois que j’écris là-dessus, je reçois des lettres de lecteurs qui m’expliquent en long et en large que ça n’a pas de sens parce que les bouteilles de vin ne sont pas toutes pareilles – elles devraient être standardisées pour la cause – et que la manipulation de tous ces contenants est un casse-tête pour les participants à la chaîne, notamment les commerçants qui doivent récupérer et entreposer les bouteilles.

Aucun de ces arguments ne m’a jamais convaincue.

Le Québec embouteille beaucoup de vin, de plus en plus, des crus importés en baril ou produits ici – un marché en pleine croissance. Il n’y a pas de raison que ce qui est embouteillé ici ne soit pas inclus dans un système de consigne.

La crise nous a montré qu’on est capables, dans tous les secteurs, de se virer de bord sur un dix cennes. Il n’y a pas de raison que l’inertie trop longtemps ambiante dans le dossier de la consigne reprenne le dessus.

Arrêtons les querelles. Relançons la récupération et la consigne, vite et bien. Trouvons des solutions ponctuelles aux problèmes, que ce soit la peur de la manipulation des bouteilles ou la complexité des remboursements en argent liquide. Les aménagements spéciaux qui avaient été mis en place  ? Qu’on les garde. Soyons créatifs. Quelque 100 millions de bouteilles de bière en circulation, une planète et des centaines de milliers de consommateurs consciencieux n’attendent que ça.

***

Quelques mots en terminant sur la controverse autour de la publicité de Maxi qui a été retirée rapidement de la circulation jeudi. Une annonce où l’humoriste Martin Matte encourage les clients à acheter des produits québécois en prétendant avoir pratiquement essayé tous ceux du supermarché, en combinaisons baroques – style tomates et crème glacée. Et preuve est faite par son poids augmenté considérablement par un costume de faux gros.

Une chance que Maxi a rapidement entendu les critiques, notamment de l’ANEB (Anorexie et boulimie Québec), rapidement agi et rapidement fourni des excuses.

Cette publicité n’avait aucun bon sens.

Pour ceux qui se demandent où était le problème, imaginez une pub de la SAQ faisant la promotion du vin québécois en mettant en scène un faux alcoolique qui fait des mélanges n’ayant aucun sens, avec en arrière-plan ce préjugé voulant que les ivrognes soient prêts à boire n’importe quoi n’importe comment.

Tous ceux touchés de près ou de loin par ce problème auraient vu tout de suite qu’il y a des comportements qui sont des manifestations de souffrance dont on n’a pas le droit de se moquer. Que ce soit boire trop d’alcool ou trop manger pour ses propres besoins de façon systématique.

Pour bien des personnes, le Grand Confinement a été synonyme d’excès et de prise de poids, pour toutes sortes de raisons. Pour un grand nombre d’entre elles, ceci n’avait, cela n’a, absolument rien de drôle.