Près d’un an après son annonce, la vente par Bombardier de son programme d’avions régionaux CRJ à Mitsubishi Heavy Industries, au coût de 550 millions de dollars américains, sera officiellement conclue le 1er juin prochain, a annoncé mercredi soir Mitsubishi.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

En plus de la somme versée au comptant, la transaction permet aussi à Bombardier de soulager son bilan d’environ 200 millions $ US de passifs liés à des garanties sur la valeur résiduelle d’avions CRJ.

La vente avait été annoncée le 25 juin dernier et marquait la sortie de Bombardier du secteur de l’aviation commerciale. Elle s’inscrivait dans une longue liste de vente d’actifs jugés non rentables par la multinationale québécoise, à la recherche de liquidités pour réduire son immense dette.

Bombardier et Mitsubishi ont déjà annoncé leur intention de mettre fin à la production du CRJ, assemblé à Mirabel. Pour le conglomérat japonais, l’intérêt du programme réside dans son réseau de vente, d’entretien et de service à la clientèle, puisqu’il est lui-même en train de développer son propre avion régional, le SpaceJet. L’entreprise a récemment ouvert un bureau d’ingénierie à Boisbriand pour mettre à profit l’expertise québécoise dans le développement de son appareil.

La production du CRJ devrait se terminer plus tard en 2020. Les installations, voisines de celles où Airbus assemble l’A220, seront reprises par cette dernière.

Cauchemar évité

Des doutes avaient émergé sur la clôture de la transaction au cours des derniers jours. La fin abrupte du rapprochement entre Boeing et Embraer avait déclenché des spéculations, certains analystes suggérant que Boeing pourrait plutôt jeter son dévolu sur Mitsubishi.

« Ce serait un cauchemar pour Bombardier que de voir Mitsubishi se tourner vers Boeing et abandonner la clôture de l’acquisition du CRJ », avait notamment affirmé à La Presse Richard Aboulafia, du Teal Group.

La vente du CRJ à Mitsubishi est l’une des trois transactions importantes de Bombardier qui attendaient toujours d’être conclues. Les deux autres sont l’achat de la division Transport par Alstom et la cession des usines d’aérostructures de Belfast (Irlande du Nord) et Casablanca (Maroc) à l’Américaine Spirit Aerosystems.

« Bien que Bombardier ait commencé à s’attaquer aux problèmes de son bilan avec ces trois transactions, en plus de concentrer ses efforts sur la division des avions d’affaires, la pandémie crée de l’incertitude autour de chacune de ces transactions », a écrit l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins, dans une note envoyée il y a quelques jours.

« En ce moment, nous croyons que l’incapacité de Bombardier à conclure la vente du programme CRJ ou de ses usines d’aérostructures pourrait affecter sa capacité à se tourner vers le marché obligataire lors de l’échéance de ses obligations en 2021, ce qui la placerait dans une situation difficile. »

Une deuxième bientôt ?

La transaction avec Mitsubishi était jugée comme la plus sûre des trois par M.  Poirier. La deuxième moins risquée, celle avec Spirit, a elle aussi connu un moment rassurant mercredi.

À l’occasion de la divulgation de ses résultats financiers trimestriels, la direction de Spirit a confirmé qu’elle était toujours intéressée à deux acquisitions en suspens, dont celle de Bombardier.

« Nous continuons de voir la valeur stratégique à long terme à la fois dans les acquisitions d’ASCO et de Bombardier Aérostructures, a expliqué son grand patron, Thomas Gentile. Nous avons l’intention de clore ces deux acquisitions si les conditions sont respectées. »

Cette deuxième transaction doit rapporter 500 millions $ US.

Bombardier doit présenter ce matin ses résultats financiers du premier trimestre, qui seront assurément affectés par la pandémie. Ce sera aussi la première prise de parole publique de son nouveau président et chef de la direction, Éric Martel.