(Montréal) Le feu vert pour le redémarrage a été obtenu la semaine dernière, mais il faudra néanmoins du temps à l’industrie minière avant de retrouver sa vitesse de croisière, particulièrement pour les sites où l’on fait venir les travailleurs de l’extérieur grâce au transport aérien (fly-in/fly-out).

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Avions à moitié remplis, désinfection des appareils après chaque vol et limites de passagers dans les autobus qui transportent les employés de l’aéroport jusqu’aux complexes miniers ; les règles sanitaires et la distanciation physique se traduisent par des défis logistiques et une augmentation des coûts. Les syndicats, eux, surveillent de près le moral des troupes dans le nouveau contexte de travail.

« Tant qu’il n’y aura pas un vaccin ou une façon de contrôler le virus, j’ai l’impression que la plupart de ces mesures vont demeurer en place », a expliqué au bout du fil David Cataford, le chef de la direction de Minerai de fer Québec, qui exploite la mine du lac Bloom, près de Fermont, sur la Côte-Nord.

La mine faisait partie des cinq complexes qui pouvaient maintenir certaines activités malgré la pause décrétée dans l’ensemble de la province en raison de la pandémie de COVID-19. C’est au cours de la semaine que s’effectue le changement de quart au lac Bloom avec l’arrivée de nouveaux travailleurs. Normalement, les travailleurs qui arrivent au lac Bloom travaillent 14 jours consécutifs pour ensuite bénéficier d’une période de repos équivalente. M. Cataford explique que cela est maintenant passé à 21 jours afin de limiter les déplacements.

Sur le site, des espaces communs ont été réaménagés. On demande aux travailleurs d’emporter leurs repas dans leur lieu de résidence. Pour se déplacer, chaque camionnette est assignée à deux travailleurs. Les employés de l’entreprise qui habitent à Fermont font du télétravail pour limiter les déplacements.

« Nos dépenses sont plus élevées, a expliqué M. Cataford, sans toutefois fournir de chiffres. Le prix du fer se porte bien et il n’y a pas eu de baisse pendant la pandémie. On peut donc continuer à avoir une certaine profitabilité. »

Bonne réponse

Selon l’Association minière du Québec (AMQ), on prévoit qu’il pourrait s’écouler quelques semaines avant de retrouver une certaine vitesse de croisière. Dans l’ensemble, le secteur représente plus de 40 500 emplois et dépense annuellement environ 8,5 milliards.

À l’exception de Stornoway, qui a décidé de ne pas relancer sa mine de diamants dans le Nord-du-Québec, l’Association dit ne pas avoir reçu de signaux négatifs des minières en ce qui a trait à la reprise des activités.

« Cela signifie que ça demeure avantageux de recommencer, même à plus faible régime, a souligné son directeur des communications, Mathieu St-Amant. La distanciation pose un défi parce que l’on doit exploiter les sites avec moins de personnes, mais ce n’est pas insurmontable. »

Glencore, qui exploite la mine de nickel de Raglan, dans le Nord-du-Québec, possède deux Boeing 737 pouvant chacun transporter 76 passagers en plus d’acheminer du matériel et des denrées. Les appareils sont moins remplis, puisque l’on doit laisser un siège entre les passagers, qui doivent porter un masque tout au long du trajet, et ce, jusqu’à leur arrivée au site minier.

« Il y a deux salles de conditionnement physique sur le site et un gymnase et tout est fermé, a expliqué la porte-parole de Glencore, Céliane Dorval, au cours d’un entretien téléphonique. On encourage les mineurs à davantage manger dans leur chambre. »

Les mineurs seront aussi testés avant leur arrivée sur le site et les employés inuits de la mine continuent de rester à la maison pour éviter les risques de propagation. Cela n’a toutefois pas été suffisant pour convaincre la Société Makivik, qui représente les Innuits, qui s’oppose à la reprise des activités minières au Nunavik.

À surveiller

Au Syndicat des Métallos, qui représente plusieurs milliers de travailleurs dans l’industrie minière au Québec, on s’est, dans l’ensemble, montré satisfait des mesures mises en place par les minières dans le cadre de la relance des activités. On surveille toutefois de près le moral des troupes.

« À plusieurs endroits, les aires communes sont fermées et les entreprises demandent aux travailleurs d’aller manger dans leur chambre, a souligné le coordonnateur régional de l’Est québécois, Nicolas Lapierre. Rajoutez ça aux 250 heures de travail que les mineurs effectuent pendant trois semaines. Ils sont loin de leur famille et ils ont moins d’occasions pour socialiser sur les sites. Ça ajoute un stress. »

M. Cataford a également souligné que beaucoup de travailleurs doivent quitter leur domicile pour trois semaines alors que les garderies ne sont pas encore ouvertes, ce qui « pose des défis pour les conjoints et conjointes qui demeurent à la maison ». Celui-ci a expliqué que Minerai de fer Québec avait mis en place une ligne d’aide pour les familles et que l’entreprise réfléchissait à « d’autres mesures » pour épauler les familles qui sont confrontées à des difficultés.