Il a fallu près d’un an à Artea pour concevoir et fabriquer les nouveaux décors des Fêtes du Centre Eaton de Montréal.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

Tout sauf un effet de mode : ils devront durer au moins 10 ans sans affadir leur magie.

Un énorme pendule de Foucault de Noël, peut-être, oscillant doucement en façade du Centre Eaton, rue Sainte-Catherine ?

Cette première impression se dément quand on s’approche de la vitrine, qui s’élève sur trois étages et se prolonge à l’intérieur de l’immeuble pour former une haute boîte vitrée. Ce sont plutôt trois décorations de Noël ornementées, peut-être 25 fois plus grosses que celles que vous suspendez à votre sapin, qui tournent sur elles-mêmes en même temps qu’autour d’un carrousel, au milieu d’une cascade de guirlandes lumineuses.

Comme une immense boîte à musique, sans musique.

Elles font partie des nouveaux décors des Fêtes, conçus et fabriqués par le Groupe Artea pour le Centre Eaton, qui lui-même arbore ses nouveaux atours architecturaux.

Artea y a travaillé pendant près d’un an pour répondre à la commande : « créer un décor vraiment urbain et innovateur », décrit la directrice du marketing du Centre Eaton de Montréal, Mélanie Castonguay. « Et qui soit grandiose aussi, parce qu’on a un centre avec une architecture extraordinaire. »

Le propriétaire du Centre Eaton, Ivanhoe Cambridge, a lancé en 2018 un chantier de 200 millions, dont le cœur était la réunion et le réaménagement commun des anciens Centre Eaton et Complexe Les Ailes. Les nouveaux décors des Fêtes devaient marquer cette renaissance.

« Pour nous, c’était hyper important, poursuit Mme Castonguay. Avec toutes les rénovations, avec le nouveau design, on voulait rehausser l’expérience de nos consommateurs. »

Et celle des passants : « On avait également un mandat personnel et interne de revitaliser la rue Sainte-Catherine », ajoute-t-elle.

Rien à voir avec des décors de contreplaqués et de styromousse. Pas de père Noël. Pas de fée des Étoiles. Pas de lutins, coquins ou non. On veut ici de la classe et de la pérennité.

La boule du carrousel, d’un diamètre d’environ un mètre, est creusée d’un iris de cristal dont les anneaux facettés tournent en sens inverse. Hypnotique…

« Il y a des microprocesseurs et beaucoup de mécanismes là-dedans », précise le président d’Artea, Alain Guiroy, pour souligner l’exploit technique. « Nos inspirations, c’est sûr que c’est européen, et aussi la 5e à New York. »

Mêler Noël et divertissement

L’appel d’offres pour les décors de Noël du Centre Eaton s’est entamé au début de l’année 2019. La proposition d’Artea s’est précisée au fil d’un processus de sélection qui l’a couronnée à la fin du printemps. La mise au point et la fabrication ont suivi.

Fondé en 1999 par Alain Guiroy, le Groupe Artea se spécialise dans l’aménagement commercial, le design de parcs d’attractions et les décors de Noël.

« En ce moment, je travaille sur un gros projet de centre d’escalade et de Ninja Warriors qui va se faire en 2020, décrit-il. Le parc d’amusement Ubisoft des Lapins Crétins, dans le West Island, c’est ma création. »

L’entreprise fait elle-même la fabrication et l’installation de ses concepts. « On a quelques sous-traitants, mais on a vraiment les mains dedans », indique Alain Guiroy. Il est également propriétaire de l’atelier d’ébénisterie architecturale Cubes, à Saint-Jérôme, qui contribue à la réalisation de plusieurs projets.

Artea conçoit même des décors de Noël pour l’Europe, par l’intermédiaire d’un partenaire italien.

On allie le côté décor de Noël et notre expertise dans les parcs d’amusement pour faire ce genre de projets.

Alain Guiroy

L’entreprise compte une vingtaine d’employés, « mais pour le projet du Centre Eaton, on est montés à 50 ».

Des designers industriels, des tourneurs de bois, des soudeurs, des ingénieurs, des électromécaniciens…

Et des alpinistes.

Des clients visuels

Dans le vaste atrium qui traverse la partie ouest de l’édifice, deux lustres cylindriques, d’un diamètre de près de deux mètres, ont été suspendus à la verrière.

Ils plongent sur cinq étages pour former de longues chandelles, autour desquelles flottent d’énormes médaillons lumineux.

« C’est deux jours pour installer ça, observe Alain Guiroy. C’est trop haut, ça se fait avec des installateurs certifiés, tous des gens d’escalade. »

Une silhouette de sapin formée de trapèzes illuminés a été plaquée à l’extérieur de la vaste paroi vitrée qui donne sur la rue Sainte-Catherine. D’une hauteur de 12 m et d’un poids de 680 kg, la structure en acier galvanisé est retenue aux meneaux du vitrage par des serres en C, comme celles que vous pourriez acheter à la quincaillerie du coin. Rassurez-vous, elle est également assurée par de solides câbles.

Pour un décor de Noël, il faut être capable de satisfaire les différents clients visuels.

Alain Guiroy

« D’abord, le client visuel du Centre, mais je travaille aussi pour le client extérieur, sur la rue Sainte-Catherine. J’ai aussi un client visuel de l’autre côté de la rue, qui voit très bien le sapin. »

Il a fallu faire appel à deux grues et fermer la rue pour installer le conifère métallique.

Budget ? Chut…

Dans l’ancien Complexe Les Ailes, qui accueille notamment le magasin de sport Décathlon et la foire alimentaire TimeOut Market, une vingtaine de colonnes sont ornées d’un sapin métallique. « Je voulais avoir un sapin flottant, en métal, qui est dans les airs, attaché sur les colonnes, qui ne dérange pas les clients », explique Alain Guiroy.

Sur la place publique, deux îlots circulaires, décorés de sapins d’aluminium et baptisés « stations Instagram », accueillent les badauds. « Les gens peuvent se prendre en photo ou simplement s’asseoir pour relaxer », explique Mélanie Castonguay.

La mise en place de l’ensemble des éléments du décor s’est étalée sur deux semaines, généralement durant la nuit.

Elle se refuse à chiffrer le budget de ce riche et lumineux déploiement. « Les décors de Noël, quand on les produit pour un centre commercial, il faut que ça dure en moyenne une dizaine d’années, dit-elle. Ça peut vous donner une idée de l’investissement. »