(Washington) L’autorité de l’aviation civile américaine — accusée d’avoir eu des relations trop étroites avec Boeing — a sommé le constructeur de faire preuve de réalisme sur le calendrier de retour en vol du 737 MAX. Et elle semble avoir été entendue.

Christophe VOGT avec Juliette MICHEL à New York
Agence France-Presse

Steve Dickson, qui a pris il y a quelques mois la tête d’une FAA en pleine tourmente et au prestige fort terni, a rencontré Dennis Muilenburg, le PDG de Boeing jeudi à Washington.

PHOTO TASOS KATOPODIS, AFP

Steve Dickson

L’avion vedette du géant de l’aéronautique, commandé déjà à des milliers d’exemplaires, est cloué au sol depuis mars après deux accidents très rapprochés et qui ont fait 346 morts.

M. Dickson, qui a dit hier que l’appareil ne reprendrait pas du service avant 2020, n’est pas content de la politique de communication de Boeing dans ce dossier accusant le constructeur aéronautique de vouloir lui forcer la main. Et il le fait savoir en des termes qui ne laissent aucun doute dans une lettre envoyée aux commissions du Congrès responsables du transport aérien et dont l’AFP a obtenu des extraits.

Le patron de la FAA « craint que Boeing ne continue de poursuivre un calendrier de retour en service irréaliste en raison de délais qui se sont accumulés pour des raisons diverses », peut-on lire dans la lettre.

Mais « plus inquiétant encore, l’administrateur veut dire directement à Boeing que certaines des prises de position publiques (du constructeur aéronautique) pouvaient donner l’impression de vouloir forcer la FAA à agir plus vite », selon la missive au ton très sévère.

Il compte donc rappeler M. Muilenburg à l’ordre pour « qu’il soit parfaitement clair que la FAA comme Boeing doivent prendre le temps qu’il faut pour bien faire les choses ».

Le message a été entendu si on en croit un bref communiqué publié dans la foulée par Boeing. « Nous allons travailler avec la FAA pour remplir leurs demandes et respecter leur calendrier alors que nous œuvrons à remettre en service le MAX en toute sécurité en 2020 », écrit le constructeur.

L’action a cédé un peu plus de 1 % jeudi en séance à Wall Street.

Les multiples enquêtes menées aussi bien par les autorités de l’aviation en Indonésie où s’est écrasé un Boeing 737 MAX de Lion Air l’année dernière tout comme en Éthiopie après l’accident d’un appareil d’Ethiopian Airlines, ont mis en cause le logiciel anti-décrochage MCAS de l’appareil. Elles ont aussi mis à jour d’autres manquements du constructeur, allant d’un manque de redondance de certains systèmes à un défaut d’informations des pilotes.

Aux États-Unis, les enquêtes au sein de commissions parlementaires ont aussi mis en évidence une relation très étroite entre la FAA et le constructeur, les autorités fédérales ayant laissé des pans entiers du processus de certification du 737 MAX aux mains de Boeing.

Le ton très ferme envers Boeing s’explique aussi parce que la réputation de la FAA, jusque-là considérée comme la référence en matière de certification et de rigueur, est entachée au point que ses homologues dans d’autres pays ont déjà fait savoir qu’ils allaient procéder à leur propre certification du 737 MAX, une fois les modifications promises par Boeing achevées.

  

737 MAX, jamais !

Même quand le 737 MAX revolera, le constructeur aéronautique ne sera pas pour autant tiré d’affaires. Il lui faudra regagner la confiance des compagnies aériennes, celle des personnels navigants qui ont déjà fait part de leurs réticences mais aussi des voyageurs.

Seulement 20 % des consommateurs estiment que l’avion est sans danger, conclut une enquête menée par Bank of America et publiée jeudi.

Environ 20 % des 2135 personnes interrogées seraient prêtes à prendre l’avion dès qu’il sera de nouveau autorisé à voler, tandis qu’environ 60 % des gens prenant l’avion préféreraient attendre au moins six mois avant d’embarquer dans l’appareil, détaille le document consulté jeudi par l’AFP.

Par ailleurs, la compagnie aérienne américaine Southwest, première cliente du 737 MAX, a annoncé jeudi avoir conclu « récemment » un accord confidentiel avec Boeing devant compenser en partie les pertes financières liées au fait que l’appareil est cloué au sol depuis mars.

Sans préciser le montant ou la nature des compensations obtenues, la compagnie indique qu’elle en redistribuera 125 millions de dollars à ses salariés courant 2020.

American Airlines a annoncé pour sa part repousser au 7 avril la date de retour du MAX dans ses programmes de vol.