L’européenne Aryzta a fermé sans faire de bruit sa boulangerie industrielle de Longueuil au beau milieu de l’été, ce qui a entraîné la disparition de 95 emplois manufacturiers. Par ce geste, le groupe helvétique met fin à près de 30 ans d’activité dans cette usine de l’arrondissement de Saint-Hubert.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

La boulangerie de la rue Richelieu se spécialisait dans la pâte à pizza surgelée pour la clientèle de l’hôtellerie, des restaurants et des institutions. Elle a déjà fourni la chaîne Subway en pains à sous-marins dans le passé.

Selon les propos d’un représentant syndical de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), qui représente les travailleurs de l’usine depuis son ouverture en 1986, la direction locale a dit qu’elle avait choisi de concentrer la production dans les usines les plus productives du groupe, en Ontario, pour faire des économies, plutôt que de réinvestir dans ses usines les plus anciennes comme Saint-Hubert.

« Le 18 juillet dernier, indique Jean Cusson, conseiller syndical à la vie syndicale à la CSD, nos membres se sont fait dire qu’ils ne travailleraient pas le lendemain, mais qu’ils étaient conviés à une rencontre. À 10 h 30, le lendemain matin, la fermeture leur a été annoncée. Tous les 95 employés, syndiqués et cadres, perdent leur emploi. Depuis, une partie de nos chaînes de production a été transférée à Mississauga. »

La fermeture a pris les employés par surprise, ajoute-t-il. Ces deux dernières années, la direction disait vouloir investir dans l’usine, sans passer aux actes toutefois.

Une ressource en placement a été engagée pour aider les ex-employés à se retrouver du travail. Ceux-ci ont eu droit à des indemnités de cessation d’emploi additionnelles en fonction de leur ancienneté.

Un courriel de La Presse envoyé mercredi passé au siège social d’Aryzta est resté sans réponse.

Une histoire mouvementée

La boulangerie hubertine a connu une histoire remplie de rebondissements, changeant de propriétaires comme l’Impact de Montréal change d’entraîneurs-chefs. À partir de 1986, Robin Hood, Pro Pastries, Pillsbury et General Mills se sont succédé comme exploitant de l’usine au gré des fusions et acquisitions. Après General Mills, ce fut au tour de Pennant Foods Canada d’en devenir propriétaire en 2009. L’année suivante, Aryzta faisait l’acquisition de Pennant. L’usine de Saint-Hubert a par la suite fonctionné sous les noms de Boulangerie Fresh Start, puis d’Otis Spunkmeyer (deux divisions appartenant à Aryzta) et finalement d’Aryzta depuis 2012.

La maison mère, située à Zurich, connaît sa part de difficultés. Sa stratégie d’affaires repose sur des acquisitions en série. Fortement endettée, elle a perdu de l’argent en 2017 et en 2018. En novembre 2018, elle a procédé à une émission d’actions pour réduire son endettement de moitié.

La troisième entreprise de cuisson dans le monde et numéro un de la boulangerie de spécialité, selon Aryzta elle-même, exploite 56 usines et compte 19 000 travailleurs répartis dans 29 pays. Ses revenus annuels s’élevaient à 3,435 milliards d’euros en 2018 (environ 5,26 milliards de dollars canadiens). En passant, le mot Aryzta vient du mot latin « arista », qui est la pointe, ou partie la plus élevée, d’un épi de blé, nous apprend le site internet de la division canadienne.

— Avec William Leclerc, La Presse