(Montréal) Un tribunal a donné son feu vert afin que SNC-Lavalin puisse vendre une partie de sa participation dans l’autoroute à péage 407, permettant à la firme d’ingénieurs en difficulté de récolter 3,25 milliards pour rembourser sa dette.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Cette nouvelle a été bien accueillie par les investisseurs, puisque le titre de l’entreprise a connu sa meilleure séance depuis le 11 juin à la Bourse de Toronto en clôturant à 17,35 $, en hausse de 6,05 %, ou 99 cents. Au cours de la dernière année, l’action de SNC a effacé près de 65 % de sa valeur, touchant même mardi un creux des 15 dernières années.

Dans une décision rendue vendredi, la Cour supérieure de l’Ontario a rejeté la tentative de Cintra Global visant à faire dérailler la transaction avec l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada (OIRPC) afin d’acquérir cette participation de 10 % dans 407 International — l’exploitant de cet actif ontarien.

Selon l’entreprise, le tribunal a estimé que Cintra, une filiale de l’espagnole Ferrovial S. A., avait renoncé à son droit de premier refus dans le cadre d’un accord conclu en 2002.

Un paiement de 3 milliards sera versé à la société au moment de la clôture, prévue ce mois-ci, et les 250 millions restants seront versés au cours de la prochaine décennie.

Dans une note envoyée par courriel à ses clients, Derek Spronck, de RBC Marchés des capitaux, a qualifié l’annonce de « positive », estimant qu’elle permettrait aux investisseurs d’y voir un peu plus clair.

« Nous estimons que la confirmation […] est positive dans la mesure où cela améliorera la visibilité en ce qui a trait au plan de désendettement de la société », a écrit l’analyste.

SNC-Lavalin, qui est actuellement confrontée à de multiples défis, utilisera cette somme pour rembourser une partie de sa dette — ce qui comprend un paiement de 600 millions à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Encore présente

L’entreprise ne conservera qu’une participation de 6,8 % dans cet actif qui verse des dividendes stables et est doté d’un potentiel de croissance alléchant dans la région du Grand Toronto, en raison d’une augmentation de la fréquentation.

En avril, SNC-Lavalin avait annoncé la vente d’une partie de sa participation de 16,77 % dans l’autoroute à péage 407 au Régime de retraite des employés municipaux de l’Ontario (OMERS). Cela avait mis la table à une bataille judiciaire entre Cintra et l’OIPRC, qui détenaient respectivement 43 % et 40 % de cet actif.

SNC-Lavalin avait annulé la transaction en mai, versant à OMERS une indemnité de résiliation de 81 millions en indiquant que l’OIRPC avait le droit d’égaler l’offre initiale.

Vendredi, le juge Glenn Hainey a écrit qu’OMERS agissait « uniquement à titre d’investisseur financier », citant l’accord de 2002 signé par Cintra dans lequel elle renonce à son droit de premier refus impliquant des acheteurs n’ayant pas d’intérêts concurrents dans des domaines tels que la construction ou les projets routiers. Cintra avait affirmé qu’OMERS était un concurrent et que l’institution ne pouvait profiter d’une dérogation à l’entente. OMERS détient notamment une participation de 65 % dans la société qui gère le pont de la Confédération.

SNC-Lavalin est actuellement confrontée à de nombreux défis, ce qui lui a notamment valu des critiques de la part de la CDPQ, son plus important actionnaire avec une participation d’environ 20 %.

Depuis le début de l’année, elle a publié trois avertissements concernant ses résultats financiers, annoncé son intention de cesser de soumissionner sur des contrats à prix fixe en plus d’explorer ses options pour son secteur des ressources, ce qui pourrait notamment se traduire par une vente de ses activités pétrolières et gazière.

La semaine dernière, SNC-Lavalin a également sabré son dividende trimestriel de 80 %, en plus d’afficher une perte nette de 2,12 milliards.