Après la multiplication des ratés de sa division Aéronautique qui l’ont quasiment précipitée au bord de la faillite, voilà que c’est l’addition des retards de livraison de voitures de sa division Transport qui commence à coûter cher à Bombardier et à ses actionnaires.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Pour la troisième fois en quatre trimestres, l’action de Bombardier a fait un plongeon vertigineux dans la foulée du dévoilement de résultats financiers entachés par la contre-performance de Bombardier Transport, qui est devenue la principale division industrielle de l’entreprise montréalaise depuis le délestage de multiples unités d’affaires de Bombardier Aéronautique.

Rappelez-vous : en novembre dernier, Bombardier avait déçu les investisseurs en révélant qu’un trou de 600 millions était apparu dans sa trésorerie en raison de délais de livraison de voitures sur plusieurs projets durant le trimestre.

« C’est un item temporel qui est survenu dans notre division Transport. Des wagons terminés n’ont pas été livrés parce que le client n’était pas en mesure de les prendre. Cette commande n’a pas été comptabilisée. Ce n’est pas une perte, c’est un report dans le temps », avait tenté de relativiser Alain Bellemare.

N’empêche, cette confession avait entraîné une chute immédiate de 25 % de la valeur de l’action de Bombardier et avait porté à 70 % le recul du titre amorcé quelques mois plus tôt. L’action de Bombardier, qui avait atteint un sommet à 5,58 $ en juillet 2018, s’échangeait en novembre sous la barre des 1,70 $.

En avril dernier, à quelques jours du dévoilement des résultats de son premier trimestre, Bombardier a avisé les investisseurs qu’elle revoyait à la baisse ses prévisions budgétaires pour l’ensemble de son exercice financier, en invoquant une fois encore des délais et des ralentissements de cadence de production enregistrés par sa division ferroviaire.

Ces retards allaient entraîner une perte de revenus attendus de 750 millions. Le titre de Bombardier, qui avait repris du poil de la bête depuis le dévoilement de bons résultats à son quatrième trimestre, a encaissé un recul instantané de 18 % durant la journée qui a suivi cette annonce.

C’est encore le même scénario qui s’est produit hier lorsque Bombardier a une nouvelle fois révisé à la baisse ses prévisions pour l’exercice en cours alors qu’elle doit injecter des liquidités additionnelles de 300 millions dans sa division Transport pour régler ses problèmes de fiabilité.

Le verdict du marché a été encore une fois sans appel en faisant chuter de près de 16 % la valeur de l’action de Bombardier, qui a rechuté hier sous la marque des 2 $.

Un ménage incomplet ?

On croyait tous que Bombardier avait terminé sa réorganisation depuis qu’elle avait entrepris un supra-ménage dans sa division Aéronautique, où elle avait englouti 12 milliards en 6 ans dans le développement de la C Series et du Global 7500.

Juste à titre de rappel, voici quelques éléments de la rationalisation en règle qui a été réalisée chez Bombardier Aéronautique au cours des deux dernières années.

Il y a d’abord eu, en octobre 2017, la cession de la C Series à Airbus, puis la vente du site industriel Downsview à Toronto pour 635 millions US. En novembre dernier, Bombardier a annoncé la vente de son programme Q400 (assemblés à Downsview, curieusement…) à Viking Air pour 300 millions US.

Bombardier a par la suite vendu son programme de formation pour avions d’affaires à CAE pour 650 millions US avant d’annoncer tout récemment la cession de son programme de jets régionaux au constructeur Mitsubishi pour 550 millions US.

Enfin, Bombardier a mis en vente ses sites industriels d’Irlande du Nord et du Maroc qui pourraient lui permettre d’encaisser 1 milliard supplémentaire, selon certains analystes financiers.

Bref, il ne reste plus chez Bombardier Aéronautique que sa division de jets d’affaires, une usine d’assemblage de composantes au Mexique et sa participation minoritaire dans le programme A220.

C’est la division Transport qui est maintenant au centre de la stratégie industrielle de Bombardier et qui devrait générer à partir de l’an prochain des revenus annuels supérieurs à 10 milliards.

Bombardier Transport est très bien dotée avec un carnet de commandes de plus de 35 milliards. Mais il faut maintenant que Bombardier soit en mesure de livrer ces fameuses commandes et cesse de faire parler d’elle pour son incapacité à produire dans les délais et dans les coûts prévus, comme on l’a trop entendu avec des projets à Toronto, en Suisse, en Allemagne à Londres ou à New York.

Le coût de la contre-performance

Malheureusement, Bombardier n’est pas le seul géant industriel québécois à tirer de la patte. La journée d’hier a été aussi éprouvante pour SNC-Lavalin, qui multiplie depuis un an les contre-performances opérationnelles qui se répercutent sur son comportement boursier.

Le titre de SNC-Lavalin qui a atteint un sommet en juin 2018, à 60 $ l’action, a de nouveau perdu plus de 9 % en Bourse hier pour clôturer sous les 20 $, son plus bas niveau des 15 dernières années.

Avec leur contre-performance des treize derniers mois, SNC-Lavalin cumule un rendement annuel sur cinq ans de - 18,4 % alors que Bombardier affiche un rendement pour la même période de - 12,7 %. Vivement un redressement, ça presse.