La préparation des galettes de similiviande à la Beyond Meat ou à la Vegeat nécessite un ingrédient-clé : le pois jaune. Pour le moment, le Québec n’a pas la capacité de fournir les entreprises dont la demande risque d’être grandissante, puisque la culture de cette légumineuse y est très marginale. Mais la Belle Province pourrait bien s’y mettre puisqu’elle possède tous les atouts nécessaires à ce genre de production, estiment les experts consultés par La Presse.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Est-ce qu’il y a un avenir potentiel pour cette culture-là au Québec ? C’est sûr que oui », estime François-Philippe Chalifour, professeur titulaire à la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.

Au début du XXsiècle, alors que la soupe aux pois faisait partie intégrante du menu des Québécois, on le cultivait beaucoup ici, raconte David Wees, chargé de cours et agronome à l’Université McGill. L’intérêt s’est ensuite perdu dans les années 70. « La source de protéine a été remplacée par une autre source de protéine : la production animale », ajoute M. Chalifour. Résultat : les producteurs se sont mis à cultiver de plus en plus de maïs servant à préparer la moulée des animaux.

Ainsi, actuellement, on retrouve très peu de pois secs dans les champs, affirme-t-on du côté des Producteurs de grains du Québec. C’est en Saskatchewan qu’il se cultive en plus grande quantité, avec près de deux millions de tonnes par année, souligne M. Wees. Or, le Québec pourrait profiter des besoins grandissants des entreprises qui façonnent des galettes végétales et se lancer dans la production de pois jaunes.

C’est une culture extrêmement intéressante. C’est une plante de climat frais. L’opportunité est là.

François-Philippe Chalifour, professeur titulaire à la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval

Changement

Le paysage agricole pourrait donc changer. Les experts rappellent que dans les années 80, la production de soya au Québec était plutôt marginale. « Aujourd’hui, c’est une culture importante », souligne M. Chalifour. En effet, la province est la deuxième productrice de soya au pays, ce qui représente 16 % de la production canadienne, selon la Monographie de l’industrie des grains au Québec publiée en 2015 par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). C’est l’Ontario qui occupe le premier rang.

On produit beaucoup de maïs et de soya. Mais le pois jaune va prendre de l’expansion. Ça commence à se faire sentir.

Daniel Dubé, propriétaire de la ferme Le Pré rieur, à Saint-Jean-Port-Joli

M. Dubé cultive le pois jaune biologique depuis 2014. La légumineuse que l’on sème en mai pour une récolte à la fin août ou au début septembre s’adapte particulièrement bien aux terres en bordure du fleuve, explique-t-il.

« C’est une question de volonté et de marché, affirme M. Chalifour en faisant référence à une possible transition vers le pois jaune. [Mais] si le prix n’est pas au rendez-vous, il n’y en aura pas. »

Du côté des Producteurs de grains du Québec, on reconnaît que l’industrie pourrait avoir à s’ajuster si la demande augmente. « Quand il y a une demande, l’industrie répond, assure Ramzy Yelda, analyste principal des marchés pour les Producteurs de grains. En tant que producteur, vous voulez vous assurer d’avoir un débouché pour votre production avant de l’avoir semée. »

« Tout est possible, ajoute-t-il, pourvu que la demande soit une tendance lourde et non une mode. »