Prometic a annoncé hier la clôture de son plan de recapitalisation critiqué par de petits actionnaires qui espéraient que celui-ci soit bloqué par les autorités pour qu’il fasse l’objet d’un vote.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« C’est scandaleux. C’est un vol », lance Daniel Lefebvre, un investisseur de Saint-Sauveur qui dit avoir interpellé les organismes réglementaires avec des dizaines d’autres investisseurs.

Hier, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a indiqué à La Presse qu’elle se penchait sur les doléances de certains actionnaires de Prometic qui subissent une dilution massive à la suite des opérations de refinancement mises de l’avant par la société biopharmaceutique de Laval.

« L’Autorité a effectivement reçu au cours du week-end de Pâques de nombreuses demandes liées au dossier Prometic, des demandes adressées tant à la Bourse de Toronto qu’à l’Autorité des marchés financiers », a dit le porte-parole de l’AMF, Sylvain Théberge. « L’AMF en analysera la teneur et ne fera, à ce stade-ci, aucun autre commentaire. »

Prometic a présenté la semaine dernière un plan incluant la conversion en actions de quelque 230 millions de dollars de dette envers son plus important créancier — la société de placement de la famille Thomson — et une importante émission d’actions au prix unitaire de 1,5 cent. La restructuration donnera le contrôle d’environ 80 % des actions à la famille Thomson, dont la participation en actions s’élevait précédemment à 3 %.

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Prometic a demandé à la Bourse de Toronto la dispense de l’obligation de faire approuver son plan par les actionnaires « étant donné que l’entreprise connaît de graves difficultés financières » et que les opérations sont destinées à améliorer la situation en « temps opportun ».

« Les petits actionnaires de Prometic sont laissés pour compte, alors que les nouveaux investisseurs obtiennent une entente avantageuse », soutient Dewey Steadman, de la firme Canaccord, dans une note publiée hier.

« Pour tenter d’apaiser la base d’actionnariat diluée », Prometic offre le droit à ses actionnaires existants de souscrire à de nouvelles actions ordinaires au prix unitaire de 1,5 cent, souligne l’analyste.

« C’est juste pour bien paraître. C’est de la poudre aux yeux. Vous voulez que je leur fasse confiance et que je sorte de l’argent pour éviter d’être un peu moins dilué ? C’est le glaçage sur le gâteau empoisonné. » — Daniel Lefebvre

Dewey Steadman voit positivement la valeur que les petits actionnaires peuvent espérer dans le futur en souscrivant au placement de droit qui leur est offert, du moins pour ceux qui ont un appétit approprié pour le risque et un horizon à long terme. « En autant que la nouvelle équipe de direction puisse contrôler le penchant légendaire de l’entreprise pour les dépenses en recherche et développement. »

L’analyste admet qu’en rétrospective, il aurait dû voir venir la situation. « Et j’aurais dû pousser plus fortement afin que l’entreprise maîtrise mieux sa dépendance aux dépenses. » Cet analyste indique par ailleurs qu’il ne s’attendait pas à un tel accord de recapitalisation, qu’il juge à peine mieux qu’une mise en faillite.

« C’est si indécent qu’advenant le pire scénario, une liquidation complète des actifs représente une situation préférable pour les actionnaires actuels », dit Daniel Lefebvre.

Vers une demande auprès de la FDA

Le produit vedette de Prometic est le Ryplazim. L’entreprise prévoit déposer une demande de mise en marché de produits biologiques auprès de la Food and Drug Administration (FDA) en vue d’obtenir l’autorisation de traiter des patients atteints d’une déficience congénitale en plasminogène.

L’action de Prometic a terminé la séance d’hier à 6,5 cents à la Bourse de Toronto. Elle valait près de 3,50 $ il y a trois ans. Le titre a été un des plus échangés à Toronto hier.

Appelée à réagir, la Bourse de Toronto a fait savoir qu’elle ne commentait pas les questions liées à un émetteur. Il n’a pas été possible de parler à un représentant de Prometic hier.