La marche vers le recyclage des plastiques « numéro 6 » vient de franchir une nouvelle étape pour l'entreprise montréalaise Polystyvert, qui vient de recevoir un investissement de 11 millions de dollars regroupant, entre autres, Lino Saputo Jr. et un premier investisseur américain.

Mis à jour le 13 juin 2018
Jean-François Codère LA PRESSE

Polystyvert a conçu un procédé de recyclage du polystyrène, qu'il soit expansé (styromousse) ou sous d'autres formes qui, regroupées, sont catégorisées comme étant des plastiques « numéro 6 » et à peu près impossible à recycler.

L'entreprise a récemment lancé les opérations de son usine de démonstration, à Anjou. Celle-ci vise à faire la démonstration que son procédé peut être mis à l'échelle pour traiter de grands volumes. C'est principalement ce à quoi seront consacrés les nouveaux dollars recueillis, a indiqué hier à LaPresse la fondatrice et chef de la direction de l'entreprise, Solenne Brouard Gaillot.

Celle-ci se réjouit de l'arrivée dans son capital d'Investissements Quadriam, le fonds d'investissement privé de Lino Saputo Jr.

« Les fabricants de fromage sont souvent les mêmes qui font du yogourt, qui est parfois vendu dans des pots en polystyrène, fait valoir Mme Brouard Gaillot. M. Saputo pourra nous introduire auprès de ces gens-là, nous faire connaître leur positionnement. »

Le fonds américain Energy Foundry, installé à Chicago et spécialisé dans les énergies propres, permettra aussi à Polystyvert « d'avoir un pied dans le marché américain », selon Mme Brouard Gaillot.

Transition énergétique Québec est aussi un nouvel investisseur. Anges Québec, Anges Québec Capital et Cycle Capital Management, déjà actionnaires, ont renouvelé leur appui.

LE « SAINT GRAAL »

Polystyvert implante chez des clients - fabricants ou détaillants de meubles, distributeurs de poissons, entreprises pharmaceutiques, etc. - des concentrateurs contenant une huile essentielle. Ceux-ci n'ont qu'à y déposer leur polystyrène à recycler pour qu'il soit rapidement dissous. Il n'a pas à être nettoyé des résidus alimentaires ou de ses étiquettes autocollantes, par exemple.

La méthode réduit considérablement le volume du polystyrène à ramener à l'usine de Polystyvert, ce qui permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre dues au transport.

Une fois à l'usine, un procédé breveté permet d'abord d'isoler les résidus, puis de séparer le polystyrène sous forme liquide de l'huile essentielle. L'huile est reversée dans des concentrateurs, tandis que le polystyrène est converti en granule pour être revendu à des fabricants d'emballages. Ses propriétés sont les mêmes que le polystyrène vierge.

C'est donc dire que le polystyrène peut être réutilisé pour fabriquer exactement le même produit duquel il provient.

« On veut faire l'économie circulaire du polystyrène, pas s'en servir pour faire d'autres objets comme des tables à pique-nique, indique Mme Brouard Gaillot. L'économie circulaire, c'est le saint Graal de l'environnement. »

Pour l'instant, l'usine de Polystyvert ne recycle que le polystyrène sous forme de styromousse. L'entreprise travaille toutefois à étendre ses capacités, notamment grâce à un partenariat récent avec Total Polymères, une filiale du géant français Total. Celle-ci est notamment celle qui fournit des pots de yogourt en polystyrène utilisés par Danone.

Mme Brouard Gaillot souhaite aussi convaincre des centres de tri d'accepter et de trier les plastiques numéro 6, ce qui permettrait aux citoyens de les placer au recyclage plutôt qu'à la poubelle.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse

Polystyvert a conçu un procédé de recyclage du polystyrène, qu'il soit expansé (styromousse) ou sous d'autres formes qui, regroupées, sont catégorisées comme étant des plastiques « numéro 6 » et à peu près impossible à recycler.