Les participants à de grandes foires commerciales comme le Salon aéronautique de Farnborough, qui se tient cette semaine en banlieue de Londres, ont généralement pour objectif de signer de nouveaux contrats. Pénurie de main-d'oeuvre oblige, ce n'était pas le cas de toutes les entreprises québécoises cette année.

Jean-François Codère LA PRESSE

« Je ne viens pas ici pour chercher des clients, a annoncé à la veille du Salon Hugue Meloche, président de Meloche. Je suis à pleine capacité pour les cinq prochaines années. Je viens voir quelles entreprises nous pourrions acheter, pour ajouter de la capacité. »

Netur, autre entreprise spécialisée de l'usinage de pièces, a récemment ouvert une usine en Pologne pour complémenter celle qu'elle exploite déjà à Saint-Hubert.

« Quand j'affiche un poste là-bas, je reçois 30 CV », s'émerveille son vice-président, Stéphane Turcotte.

« D'après moi, plusieurs entreprises vont acheter des usines en difficulté, juste pour avoir les machines et les employés. Moi, j'y pense. Je vais leur en donner, du travail. » - Stéphane Turcotte, vice-président de Netur

« Les gens ne cherchent pas des contrats, ils cherchent des employés », résume Richard Blanchet, président-directeur général de Sous-traitance industrielle Québec (STIQ).

« Il y a un enjeu pour aider nos entreprises à créer des partenariats, mais le vrai enjeu, c'est la main-d'oeuvre, constate également la ministre de l'Économie du Québec, Dominique Anglade. On créerait encore plus d'emplois si le personnel était disponible. »

FORTE CONCURRENCE

Une partie importante du personnel de ces usines est composée de gens sans grande qualification, qui peuvent changer d'emploi très rapidement dans le contexte actuel.

« Notre problème est vraiment plus avec les gens qui n'ont presque pas de formation, précise M. Meloche. Ils peuvent travailler dans tous les domaines et ils sont très sensibles au salaire, ce qui est compréhensible. »

Au cours de la dernière année, son entreprise a vu son taux de roulement passer d'environ 4 % ou 5 %, un « très bon » taux, à plus de 15 %, en raison de la concurrence accrue d'autres secteurs de l'économie.

« On est une entreprise d'environ 200 employés, ça en fait 30 à remplacer chaque année. Là, en plus, on est en croissance, on en aurait besoin de 50 autres. En recruter 80, c'est impossible, ça risque de ralentir notre croissance. » - Hugue Meloche, président de Meloche

Les difficultés de ces entreprises se répercutent sur leurs clients, qui n'ont pas nécessairement d'autre fournisseur vers lequel se tourner.

« Je ne peux pas dire non à mes clients, explique M. Turcotte. J'ai beau leur dire non trois fois, ils reviennent à la charge parce qu'ils sont mal pris. C'est sûr que les prix augmentent. »

La solution passe entre autres par le fait d'attirer des femmes, croit Mme Anglade. « Le plus grand potentiel de développement, c'est d'intégrer les femmes. »

Dominique Anglade et la présidente-directrice générale d'Aéro Montréal, Suzanne Benoît, ont aussi convenu au cours des derniers jours d'essayer de mettre sur pied un projet pilote pour les jeunes susceptibles de décrocher. Celui-ci pourrait avoir lieu dans la région de Shawinigan, où trois entreprises, Delastek, Marmen et Placeteco, peinent à recruter du personnel, malgré la présence de nombreux jeunes décrocheurs inactifs.

« On pourrait les intéresser dès la 1ère ou la 2e secondaire, en leur faisant visiter les usines pour qu'ils voient ce que c'est, dit Mme Benoît. À cet âge, ils n'ont jamais vu ça, ils ne savent pas. Ça pourrait les amener vers une formation professionnelle. »

Photo Martin Chamberland, Archives La Presse

Stéphane Turcotte, vice-président de Netur

Photo  Adrian DENNIS, Agence France-Presse

Un F-16 Fighting Falcon (Lockheed Martin) de la flotte de la Force aérienne des États-Unis