Des commandes de trains doivent être passées «dans les six à neuf mois» pour maintenir l'activité sur le site de Bombardier de Crespin, dans le nord de la France, et éviter une situation sociale critique, a alerté lundi le président de Bombardier Transport France, Laurent Bouyer.

Mis à jour le 17 oct. 2016
AGENCE FRANCE-PRESSE

Il y a «urgence à ce que dans les 6 à 9 mois qui viennent, un certain nombre de sujets qui sont déjà en discussion puissent aboutir. Au-delà (...) on sera dans une situation sociale extrêmement difficile», a déclaré à l'AFP Laurent Bouyer, en marge d'une visite du site.

La baisse d'activité sur le site du constructeur à partir de début 2017 va conduire au reclassement d'une centaine de personnes, a-t-il prévenu. Bombardier reste «confiant» pour la suite mais Crespin n'a «aucune commande à produire au-delà du 1er trimestre 2019», souligne-t-il.

Cette mise en garde de Bombardier intervient quelques jours après la décision de l'État de commander à Alstom quinze TGV pour des lignes Intercités pour 450 millions d'euros (650 millions de dollars CAD) afin d'éviter la fermeture de son usine de Belfort.

Pour sortir du marasme, l'industrie ferroviaire française compte sur l'appel d'offres du RER NG, destiné dans un premier temps au prolongement à l'ouest de la ligne E, le projet Eole. Sa mise en service est prévue à horizon 2022, et 125 trains neufs doivent être commandés, pour environ 2 milliards d'euros.

Laurent Bouyer évoque un «projet absolument capital pour la filière». Bombardier a répondu à l'appel d'offres en consortium avec Alstom, dont l'usine de Petite-Forêt est toute proche de Crespin. La réponse est attendue «avant la fin de cette année, peut-être même dès le mois de novembre».

«Nous sommes en concurrence avec les Espagnols de CAF, et nous espérons pouvoir gagner», a-t-il souligné. Face à un «niveau de cadence industrielle inégalée (...), seul un groupement comme Alstom et Bombardier peut livrer l'équivalent de 70 trains par an», estime-t-il.

Selon lui, si CAF remporte l'appel d'offres, «c'est une catastrophe pour la filière ferroviaire française».

D'autres commandes de trains sont attendues en Ile-de-France qui a promis de remplacer ou rénover 708 rames d'ici 2021.

«À l'exclusion du TGV, à partir des années 2022-2023, 80% du marché va tourner autour de l'Ile-de-France à travers (ce) plan», a souligné Laurent Bouyer, qui estime que Bombardier est «bien (placé) parce que les contrats-cadre déjà existants permettent de lever des options supplémentaires».

Les contrats passés entre les collectivités et les constructeurs ferroviaires prévoient en effet des commandes fermes, et des options qui peuvent être levées.

Autres contrats que regarde Bombardier, le renouvellement des vieux trains Corail via des commandes des régions qui négocient avec l'État pour reprendre certaines lignes en échange du renouvellement du matériel: «on est dans des discussions avec la Normandie, sur environ 40 rames», a détaillé M. Bouyer.

Le site Bombardier de Crespin fabrique, jusqu'à début 2017, des métros parisiens des lignes 2, 5 et 9, les MF2000, et les RER A, MI09. Ensuite, seuls les trains régionaux Regio2N et les trains de banlieue d'Ile-de-France, les Franciliens, en sortiront.