Le nouveau président de Bombardier Avions commerciaux (T.BBD.B) a mis les bouchées doubles pour décrocher des ventes en Asie, notamment en Chine.

Marie Tison LA PRESSE

«La première chose qu'il fallait faire, c'était d'établir une présence en Chine, a déclaré Mike Arcamone, au cours d'une première entrevue avec La Presse Affaires hier au siège social de Bombardier dans l'arrondissement de Saint-Laurent. Nous venons d'ouvrir un bureau de vente à Shanghai.»

M. Arcamone a été nommé à la tête de Bombardier Avions commerciaux il y a quatre mois, en remplacement de Gary Scott, qui a pris sa retraite.

Une expérience chez GM

Bombardier s'est intéressée à l'expérience de M. Arcamone dans l'industrie automobile. Le Montréalais de naissance a dirigé l'usine de General Motors (GM) de Boisbriand de 1999 à 2002, avant de poursuivre sa carrière au sein de GM en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Depuis 2009, il était président et chef de la direction de GM Corée à Séoul.

C'est justement cette expérience asiatique qui a suscité l'intérêt de Bombardier.

«Il faut foncer en Asie, il ne faut pas hésiter, se poser des questions», a lancé M. Arcamone.

Il a fait valoir l'ampleur du marché asiatique, et notamment du marché chinois. Il y a une classe moyenne en pleine croissance, une augmentation du nombre d'aéroports.

«Il faut être présent, il faut démontrer la valeur de notre produit», a-t-il insisté.

Il n'a pas perdu son temps sur la scène asiatique.

«Au cours des trois derniers mois, nous avons ouvert trois bureaux en Asie.»

Il s'est montré optimiste au sujet de nouvelles ventes en Chine pour la CSeries, la nouvelle famille d'appareils de 110 à 130 places de Bombardier, mais aussi pour les autres appareils commerciaux de l'entreprise, le biréacteur régional CRJ et le turbopropulseur Q400.

«Nous avons commencé à rencontrer des clients potentiels, a-t-il indiqué. Nous sommes en train de négocier des contrats potentiels.»

Prévisions

Les prévisions de marché de Bombardier pour les 20 prochaines années, présentées hier au cours d'une conférence organisée dans l'arrondissement de Saint-Laurent pour les journalistes et les analystes financiers, démontrent d'ailleurs l'importance du marché chinois.

Dans le secteur des avions d'affaires, la Chine devrait devenir le troisième marché en importance, avec 2420 livraisons de 2012 à 2031. L'Amérique du Nord demeurera le principal marché, avec 9500 avions, suivi de l'Europe, avec 3920 appareils.

Dans le secteur des avions commerciaux de 20 à 149 places, la Chine devrait prendre la deuxième place, avec 2220 appareils, derrière l'Amérique du Nord, avec 4730 avions. La Chine passe ainsi devant l'Europe.

Bombardier a quelque peu diminué ses prévisions de marché pour les appareils commerciaux de cette taille. Il y a un an, l'avionneur prévoyait que l'ensemble des manufacturiers allait livrer 13 100 appareils de 20 à 149 places entre 2011 et 2030. Hier, Bombardier a fait savoir que les livraisons ne devraient atteindre que 12 800 appareils entre 2012 et 2031, une diminution de 2,3%.

La responsable des prévisions de marché de Bombardier, Mairead Lavery, a expliqué que l'entreprise avait révisé ses prévisions parce que le produit intérieur brut (PIB) mondial ne devrait pas augmenter aussi fortement que prévu pendant cette période, soit une moyenne annuelle de 3,2% plutôt que 3,3%.

Mme Lavery a également noté que le cours moyen du pétrole devrait également être plus élevé pendant cette période que ce qui avait été prévu l'année dernière, soit 126$US plutôt que 107$US.

Bombardier espère ravir 50% des ventes des appareils de la taille de la CSeries, soit de 100 à 149 places. Pour l'instant, les choses vont plutôt bien: depuis le lancement de la CSeries, en 2008, la nouvelle famille a obtenu 66% des ventes dans cette catégorie.

Par ailleurs, M. Arcamone a fait savoir que Bombardier n'avait pas l'intention de lancer une version allongée de son turbopropulseur Q400.

«Ce n'est pas ce que veulent les clients», a-t-il soutenu.

Bombardier vient de terminer une grande tournée du Q400 dans le monde, notamment dans les marchés émergents, comme l'Asie, l'Amérique latine et la Russie. L'avionneur a ainsi pu sonder ses clients potentiels au sujet du turbopropulseur.