Aux dires de l'analyste américain Richard Aboulafia, Bombardier a donné un grand coup de pied dans un nid de guêpes en lançant sa CSeries.

Marie Tison LA PRESSE

Les guêpes n'ont pas apprécié. Airbus a réagi avec force en lançant l'A320 Neo. Boeing prépare sa riposte. Et l'avionneur québécois doit maintenant prouver le sérieux de son projet en annonçant de nouvelles commandes.

Tous les yeux seront rivés sur Bombardier et Boeing au cours du Salon aéronautique du Bourget, qui s'ouvrira officiellement lundi dans la banlieue parisienne.

Au cours des dernières semaines, après plus d'une année de disette, Bombardier a annoncé deux petites commandes pour sa nouvelle famille d'appareils de 110 à 130 places. Le transporteur scandinave Braathens a placé une commande ferme pour 10 appareils alors qu'un client mystère a commandé trois appareils.

Le président de Bombardier Aéronautique, Guy Hachey, a affirmé qu'il fallait s'attendre à plusieurs autres petites commandes au cours des mois à venir.

«Plusieurs petites commandes, ce n'est pas aussi excitant qu'une mégacommande, mais il est aussi important d'élargir la base de la clientèle de la CSeries, écrit l'analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans un rapport préparatoire au salon du Bourget. Une base plus large signifie un plus grand potentiel pour des commandes additionnelles, moins de risques d'annulations majeures pour le carnet de commandes et plus d'intérêt de la part des sociétés de location.»

Les observateurs surveilleront de près Qatar Airways, qui a ouvertement manifesté son intérêt envers la CSeries. Plusieurs s'attendaient à une annonce au cours d'un salon de Farnborough, en juillet dernier, mais le grand patron de Qatar, Akbar Al Baker, a déjoué les attentes en alléguant qu'il n'avait pas obtenu des garanties suffisantes au sujet de la performance du moteur de la CSeries, le PurePower de Pratt & Whitney.

«Dans ses plus récents commentaires, le président de Qatar a laissé entendre qu'une entente pourrait enfin être finalisée à Paris, écrit Cameron Doerksen. À notre avis, c'est la commande la plus probable pour la CSeries.»

Delta Airlines s'est aussi montrée intéressée, mais le processus que le transporteur américain a engagé pour remplacer ses avions à fuselage étroit n'est pas encore assez avancé pour une commande, poursuit l'analyste.

La réplique de Boeing à la CSeries sera également suivie de près. Le géant américain va-t-il suivre l'exemple d'Airbus et remotoriser son 737? Ou va-t-il lancer un tout nouvel appareil, plus efficace, qui prendrait son vol quelques années plus tard, soit en 2019? Chez Boeing, on est divisé: certains veulent profiter de l'occasion pour repenser le 737 et en faire un avion plus gros, possiblement à deux corridors. D'autres préféreraient affecter les ressources de Boeing au remplacement du 777.

Boeing a laissé entendre qu'il ne fera pas connaître sa décision au salon du Bourget. L'avionneur pourrait cependant donner des indices sur la direction qu'il entend prendre.

Embraer, l'éternel concurrent de Bombardier, attend patiemment la décision de Boeing avant de déterminer s'il se lancera lui aussi sur le marché des avions de 110 à 149 places.

Les observateurs surveilleront également Airbus, qui a déjà annoncé plus de 300 commandes pour son A320 Neo. Il n'a encore fait connaître aucune commande pour l'A319 Neo, qui concurrence directement la CSeries en terme de nombre de places.

«Si Airbus annonce une telle commande, surtout de la part de clients qui n'exploitent pas d'A320, cela serait vu comme une perte pour la CSeries et une note négative pour Bombardier», écrit Cameron Doerksen.

Le marché des avions turbopropulsés devrait également attirer l'attention à Paris. ATR, le grand concurrent de Bombardier sur ce marché, a déjà annoncé qu'il fera le plein de commandes au Bourget. Or, Bombardier a fait savoir qu'il devra diminuer la cadence de production du Q400 en raison d'un carnet de commandes un peu maigre.

«Si ATR annonce effectivement des commandes et si le Q400 fait chou blanc, Bombardier donnera l'apparence de perdre des parts de marché au profit d'ATR», écrit M. Doerksen.

La vice-président aux affaires publiques de Bombardier Aéronautique, Hélène Gagnon, a toutefois fait valoir qu'en tant que société inscrite en Bourse, Bombardier ne pouvait pas toujours faire correspondre les annonces de commandes avec les salons aéronautiques.