Les Canadiens vivent plus vieux qu'avant, travaillent plus longtemps et souhaitent dépenser davantage pendant leur retraite. Conséquence: les règles entourant les régimes enregistrés d'épargne-retraite (REER) devraient être revues, affirme BMO Groupe Financier dans un rapport publié hier.

Philippe Mercure LA PRESSE

«Depuis cinq ans, nous nous questionnons à savoir comment aider la population vieillissante, et en particulier les baby-boomers. On ne peut pas dire que le régime de REER soit inadéquat, mais il pourrait être amélioré sur plusieurs points», explique Tina Di Vito, directrice générale, stratégies de retraite, chez BMO Groupe Financier.

BMO propose cinq changements au régime.

D'abord, le groupe remet en question la règle qui oblige le détenteur d'un REER à cesser de cotiser aussitôt qu'il atteint 71 ans. À cet âge, le REER se transforme en FERR (fonds enregistré de revenu de retraite) et le détenteur doit obligatoirement commencer à retirer ses billes.

Or, BMO estime qu'à 71 ans, le détenteur est assez vieux pour décider lui-même s'il veut continuer à cotiser ou non.

«Comme ils vivent, travaillent et épargnent plus longtemps, les Canadiens pourraient trouver qu'à 71 ans, il est trop tôt pour cesser d'épargner et commencer à faire des retraits», dit le rapport.

BMO s'oppose aussi au fait qu'au moment de la retraite, le cotisant doit vider les fonds de son FERR selon un plan qui n'est pas le sien. Le titulaire doit par exemple retirer 7,38% de son solde la première année, puis 7,48% l'année suivante, et ainsi de suite.

«La règle actuelle oblige les particuliers à retirer de l'argent de leur FERR, qu'ils en aient besoin ou non, dit Mme Di Vito. Le problème, c'est que ça risque de vider les fonds trop rapidement.»

Troisième proposition: BMO aimerait qu'au moment du décès d'un détenteur de REER ou de FERR, ses fonds puissent être transmis dans les REER ou les FERR de la génération suivante, à l'abri de l'impôt.

Lourd impôt

Parlant d'impôt, BMO estime que le gouvernement impose trop lourdement les particuliers qui retirent leurs avoirs de leur REER au moment de la retraite. En principe, quelqu'un qui cotise dans un REER finit par épargner de l'impôt, puisqu'il cotise au moment où ses revenus (et donc son taux d'imposition) sont plus élevés.

«Or, cette hypothèse n'est pas toujours juste», croit BMO, qui souligne que les «particuliers commencent à épargner pour la retraite quand ils sont jeunes, soit généralement à un moment où leurs revenus sont moins élevés».

Dernier point, mais non le moindre: BMO voudrait hausser le plafond des cotisations aux REER. Le groupe financier pointe quelques injustices, dont le fait qu'un couple dont chacun des conjoints gagne 75 000$ peut cotiser une somme totale de 27 000$, alors qu'un célibataire qui touche seul les mêmes revenus (soit 150 000$) ne peut cotiser que 22 000$.

Mme de Vito admet que ces propositions priveraient le gouvernement de revenus fiscaux, mais dit ne pas en avoir chiffré l'impact. BMO a présenté ces propositions à un comité sénatorial et a jugé la discussion «très positive».