Pour une deuxième journée consécutive, les grues du chantier du nouveau pont Champlain sont restées immobiles ce vendredi, faute d'ouvrier pour les opérer. La Commission de la construction du Québec enquête sur la situation qui s'apparente à un débrayage illégal.

Publié le 15 juin 2018
Tristan Péloquin LA PRESSE

Cette apparente grève concertée survient alors que la construction du nouveau pont se déroule à plein régime, avec des quarts supplémentaires le soir et les week-ends pour respecter l'échéancier fixé à décembre prochain. 

«Nous avons été mis au courant de la situation. Nous savons que le consortium Signature sur le Saint-Laurent a porté plainte à la Commission de la construction du Québec, qui mène enquête», s'est contenté d'indiquer Florent Tanlet, porte-parole de la ministre du Travail Dominique Viens. 

«À ce moment, il est trop tôt pour se prononcer sur les impacts d'une telle situation (sur l'échéancier)», a pour sa part indiqué par courriel Mathieu Bélanger, directeur des politiques au Cabinet du ministre fédéral de l'Infrastructure et des Collectivités. «Quelque action pouvant affecter les travaux du chantier du nouveau pont Champlain nous préoccupe et à cet effet nous sommes en discussion constante avec le consortium Signature sur le Saint-Laurent», a-t-il ajouté. 

Selon nos informations, une quarantaine de grutiers du chantier ne se sont tout simplement pas pointés ce vendredi matin, évoquant différentes raisons. La veille, les mêmes grutiers avaient quitté le chantier en matinée après que l'employeur, Signature sur le Saint-Laurent, eut décrété que la pluie justifiait un arrêt des opérations en hauteur. Seul un nombre restreint de grutiers étaient visés par cet arrêt de travail lié à la météo, mais la totalité des grutiers a décidé de quitter le chantier, se plaignant du fait que l'employeur leur paierait seulement 5 heures de travail, tel que le dicte pourtant la convention collective.  

La Commission de la construction du Québec, qui a dépêché plusieurs inspecteurs sur le chantier ces derniers jours, considère qu'il s'agissait d'un débrayage illégal. «Notre enquête se poursuit», s'est contentée d'indiquer la porte-parole Mélanie Malenfant.

La Commission de la construction pourrait éventuellement imposer des amendes allant jusqu'à 80 000 $ par jour contre les représentants syndicaux s'il est démontré qu'ils ont «ordonné, encouragé ou appuyé» une grève illégale.

L'Union des opérateurs grutiers (section locale 791-G), affiliée à la FTQ-Construction, est dirigée par Evans Dupuis, le frère du syndicaliste Jocelyn Dupuis. Evans Dupuis mène un combat acharné contre de nouvelles dispositions qui permettent à des ouvriers non spécialisés d'opérer des camions-flèche de moins de 30 tonnes (boom trucks) et à des travailleurs qui n'ont pas les cartes de compétence de grutier.

Plusieurs sources de La Presse affirment sous le couvert de l'anonymat que le débrayage des deux derniers jours est lié à cet enjeu.

Le consortium Signature sur le Saint-Laurent a pour sa part catégoriquement refusé de commenter la situation.