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Les coulisses de la vente du Cirque

Le siège social du Cirque du Soleil, à... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Le siège social du Cirque du Soleil, à Montréal.

Photo Bernard Brault, La Presse

Une dizaine de professionnels de la finance. Un avion privé. Un week-end à Las Vegas. Un vieux cliché? Attention, ce voyage n'était pas une autre virée de financiers qui vont s'amuser à Las Vegas: il a mené ultimement à l'acquisition du Cirque du Soleil par la firme TPG Capital.

Plus tôt l'hiver dernier, un groupe d'une dizaine de financiers de TPG Capital ont pris un avion privé pour passer un week-end à Las Vegas. Mais voilà, ils n'étaient pas dans la capitale du jeu pour s'amuser. Rétrospectivement, ce week-end-là aura plutôt décidé de l'avenir du Cirque du Soleil.

Avant de prendre l'avion pour Las Vegas, David Trujillo avait reçu un appel intrigant de la firme Goldman Sachs quelques semaines plus tôt. L'associé haut placé à la firme TPG Capital reçoit souvent des appels intrigants - c'est ce qui arrive quand vous évaluez des acquisitions pour l'une des plus grandes firmes d'investissement privé au monde (actif sous gestion: 65 milliards US, soit davantage que le PIB annuel de pays comme le Luxembourg, la Croatie ou la République dominicaine). Le message de Goldman Sachs: le Cirque du Soleil se cherche de nouveaux actionnaires. Le dossier intéresse immédiatement TPG, qui aime investir dans des marques connues mondialement. David Trujillo et le cofondateur de TPG James Coulter n'ont jamais rencontré Guy Laliberté, mais ils sont des habitués des spectacles du Cirque à San Francisco. David Trujillo a justement assisté au dernier spectacle du Cirque, Kurios, quelques semaines plus tôt.

Pour se faire une meilleure idée de la valeur du Cirque - que Guy Laliberté évalue au départ à 2 milliards de dollars -, les financiers de TPG Capital partent donc en jet privé à Las Vegas. La mission des membres de l'équipe (dont l'âge varie du début de la vingtaine à la cinquantaine): voir le plus de spectacles possible du Cirque du Soleil, question de se faire une tête sur l'avenir de l'entreprise. Ils reviennent de Las Vegas encore plus motivés à faire l'acquisition du Cirque.

Il leur faudra toutefois s'armer de patience. Guy Laliberté a bien indiqué aux acheteurs potentiels qu'il avait une liste de conditions. Le siège social et le centre de créativité doivent rester à Montréal. Pas question non plus de vendre à un groupe de divertissement qui voudrait développer des synergies avec ses entreprises existantes. Mais TPG Capital s'engage vite à garder le siège social à Montréal. «Dès que j'ai fini ma phrase, ils ont dit: «Nous n'avons aucune intention de faire ça [déménager le siège social]" », racontait Guy Laliberté, hier, en conférence de presse. Le cofondateur du Cirque avait bon espoir de trouver un partenaire minoritaire au début du processus, mais il s'est graduellement rendu compte - notamment en raison d'une réflexion personnelle - qu'il vendrait un bloc majoritaire d'actions si toutes ses conditions étaient acceptées.

TPG n'est évidemment pas le seul prétendant sur les rangs pour acheter le Cirque du Soleil. Au départ, ils sont 94 à recevoir le même appel intrigant de Goldman Sachs. Du groupe, 46 se montrent intéressés. Guy Laliberté écarte quelques prétendants - le cirque Ringling Bros. and Barnum&Bailey, notamment - parce qu'il ne veut pas de synergies aux dépens de son entreprise ou d'un acquéreur qui ne partage pas ses valeurs.

Début février, 17 groupes - dont aucun groupe québécois - passent le premier tour du processus d'offres. Ce nombre tombe ensuite à huit consortiums, qui épient les états financiers du Cirque durant deux mois. À la fin, ils sont deux à négocier: TPG Capital et CVC Capital Partners, qui est notamment actionnaire de la Formule 1.

TPG a toutefois un as dans son jeu: son partenaire minoritaire, Fosun, est l'une des plus grandes firmes d'investissement en Chine, et Guy Laliberté cherche justement à faire entrer le Cirque en Chine depuis une décennie. CVC Capital Partners, une firme européenne, s'était quant à elle associée avec Providence Equity Partners, une prestigieuse firme américaine.

Dans la phase finale des négos, la Caisse de dépôt et placement du Québec fait savoir aux prétendants son intérêt à acquérir jusqu'à 10% des actions du Cirque. L'offre tient pour le gagnant des enchères, peu importe son identité.

Comme le veut la coutume dans ces transactions milliardaires, les événements se bousculent et les nuits sont courtes dans la dernière ligne droite. Quand le quotidien The Globe and Mail annonce une entente de principe imminente avec TPG Capital, il reste encore plusieurs détails à négocier. TPG et Guy Laliberté signeront leur entente vendredi dernier aux environs de 7h30. Mitch Garber, un ami de Guy Laliberté et un partenaire d'affaires de TPG par le truchement de Caesars, sera nommé président du conseil d'administration du Cirque.

Pour TPG, qui veut faire l'annonce officielle lundi, il ne reste plus qu'à s'entendre sur les détails de la «clause Québec» avec la Caisse de dépôt. Une entente est conclue dimanche en soirée. Il faut dire que la Caisse et TPG se connaissent bien. La Caisse investit dans des fonds internationaux de TPG depuis une dizaine d'années, et son bras immobilier Ivanhoé Cambridge a aussi acheté en 2013 avec TPG une entreprise d'entrepôts en Europe. C'est moins glamour que leur prochain partenariat qui fera les manchettes partout dans le monde. Mais parfois, ainsi vont les affaires.




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