Trente minutes pour toucher l'âme

Michael Fortier... (Photo David Boily, archives La Presse)

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Michael Fortier

Photo David Boily, archives La Presse

Sylvain Larocque
La Presse

Organiser la venue d'une personnalité de renommée internationale met beaucoup de monde sur les dents, mais c'est probablement la personne chargée de l'interviewer en public après son discours qui ressent le plus de pression.

L'ancien ministre conservateur Michael Fortier, aujourd'hui chez RBC Marchés des capitaux, a réalisé des entrevues avec Mikhaïl Gorbatchev, Alan Greenspan et Nicolas Sarkozy, entre autres. Il raconte comment l'ex-président français lui a fait craindre le pire au cours de la rencontre privée qu'il a eue avec lui dans les minutes précédant l'événement public.

«Il marmonnait, son téléphone sonnait; j'ai eu du mal à avoir une conversation de trois minutes avec lui, dit-il. J'étais vraiment inquiet pour l'entrevue. Je me demandais comment il allait interagir avec quelqu'un qu'il ne connaissait pas. Finalement, il a fait un très bon discours, sans notes. Et l'entrevue s'est vraiment bien déroulée: il s'est ouvert. La chimie a opéré.»

Pour Hillary Clinton, la chambre de commerce du Montréal métropolitain souhaitait faire appel à une femme qui a encore une longue carrière devant elle. Son choix s'est arrêté sur Sophie Brochu, PDG de Gaz Métro. «Mon objectif, c'est de faire en sorte que Mme Clinton et les 4300 personnes dans la salle aient l'impression qu'il se passe quelque chose de particulier, expose Mme Brochu. J'aimerais entrer dans la tête de la femme et toucher un peu à son âme.»

Pour se préparer, la dirigeante de 50 ans a beaucoup lu à propos de Hillary Clinton, puis elle a pris rendez-vous avec John Parisella, ancien stratège libéral et spécialiste de la politique américaine. Mais elle n'a pas voulu en faire trop. «Je reste près de ce que je suis fondamentalement pour tenter de m'approcher de ce qu'elle est fondamentalement», explique Sophie Brochu.

Des surprises

En choisissant de ne pas confier les entrevues post-discours à des journalistes, la Chambre veut s'assurer que l'exercice ne devienne pas trop inconfortable pour l'invité. «Ça ne veut pas dire qu'il faut que les questions soient complaisantes», assure le PDG de la Chambre, Michel Leblanc.

Bien sûr, il peut toujours y avoir des surprises. Pour son entrevue avec M. Sarkozy, Michael Fortier avait préparé une dizaine de questions. Quelques minutes avant de monter sur scène, un participant a jeté un coup d'oeil à ses notes. Le curieux a ensuite supplié M. Fortier de ne pas poser une question en particulier, celle qui portait sur le rejet par Nicolas Sarkozy, en 2009, de la position traditionnelle de non-ingérence, non-indifférence de la France à l'égard de l'avenir du Québec.

«Ça m'a déstabilisé et finalement, je n'ai pas posé la question, confie Michael Fortier. Dans toutes les entrevues que j'ai faites, s'il y a une question que j'ai regretté de ne pas avoir posée, c'est celle-là.»

Sophie Brochu se réjouit que l'équipe de Mme Clinton ne lui ait imposé aucune «zone interdite» pour l'entrevue. Mais elle n'a pas l'intention pour autant de soulever des «contentieux».

«Ce n'est pas que je m'autocensure, mais je vais aller vers ce qui, d'après moi, va intéresser l'auditoire, affirme Mme Brochu. Par définition, ça m'écarte de trucs anodins et anecdotiques.» Comme l'affaire Monica Lewinsky? «Oui, ce n'est d'aucun intérêt pour personne», tranche-t-elle.




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