L'inflation s'accélère au Royaume-Uni quelques mois après le vote en faveur du Brexit, ce qui fait craindre pour le pouvoir d'achat des ménages au moment où la livre est dépréciée.

Publié le 18 oct. 2016
Patrice Novotny AGENCE FRANCE-PRESSE

Les prix à la consommation ont grimpé de 1,0 % en septembre sur un an, a annoncé mardi l'Office des statistiques nationales (ONS), soit nettement plus que la hausse d'août (+0,6 % sur un an).

L'inflation n'avait pas été aussi vigoureuse depuis novembre 2014 et les prix avaient même peu ou prou stagné l'année dernière. L'accélération enregistrée en septembre est donc spectaculaire et pour l'expliquer, l'ONS a mis en avant une hausse des prix des vêtements et de l'essence.

Si l'institut s'est montré très prudent dans l'interprétation de ces données, de nombreux analystes pointent le risque d'une hausse élevée des prix au Royaume-Uni à cause de la chute vertigineuse subie par la livre sterling depuis la décision des Britanniques, le 23 juin, de quitter l'Union européenne.

La monnaie britannique a atteint en effet le 7 octobre son plus bas niveau en sept ans et demi face à l'euro et en plus de 31 ans face au dollar. Les cambistes vendent la livre sterling à tour de bras depuis le 23 juin en raison des incertitudes planant autour du processus de sortie de l'UE et de la crainte d'un «Brexit dur» qui priverait les entreprises du pays de l'accès libre au marché unique européen.

Les Britanniques ont eu un premier aperçu de l'impact que cette dépréciation pourrait avoir dans leur assiette la semaine dernière: la populaire pâte à tartiner Marmite a été brièvement en rupture de stock chez le distributeur Tesco à cause d'un différend lié au taux de changes avec son fournisseur, le géant néerlandais Unilever.

La Marmite est heureusement depuis de retour sur les étals, mais les consommateurs pourraient connaître de nouvelles émotions dans les mois qui viennent, avec un renchérissement attendu des denrées importées.

Jusqu'à 3 % d'inflation ?

«La livre va rester faible en 2017 et 2018 et ce n'est qu'une question de temps avant que d'autres entreprises n'annoncent des hausses de prix à leur tour», a expliqué Nina Skero, du Centre for Economics and Business Research.

«Ceci est d'autant plus vrai que le gouvernement semble plus enclin à adopter un «Brexit dur» qui aggrave l'incertitude économique, en donnant la priorité au contrôle de l'immigration, aux dépens de l'accès libre au marché unique européen», a-t-elle ajouté.

La déflation des prix alimentaires qui a soutenu le pouvoir d'achat des plus modestes ces dernières années pourrait prendre fin. Des données sectorielles publiées mardi par le cabinet Kantar Worldpanel ont fait apparaître une baisse de 0,8 % des prix dans les supermarchés lors de la période de 12 semaines bouclée le 9 octobre, alors que ces prix avaient chuté de 1,1 % dans la dernière publication de Kantar mi-septembre.

Ce retournement attendu du côté des prix alimentaires va soutenir dans les mois à venir la hausse de l'inflation, qui sera dopée aussi par le renchérissement attendu d'autres produits importés ainsi que par le rebond des cours du pétrole.

Au final, les prix à la consommation risquent d'outrepasser les 2 % de hausse visés par la Banque d'Angleterre (BoE), un dépassement que son gouverneur Mark Carney s'est dit prêt à tolérer si cela permet de soutenir la croissance et l'emploi - même si cela risque dans le même temps de peser sur la consommation des ménages.

Plusieurs analystes prévoient d'ores et déjà une inflation atteignant allégrement les 3 %, mais les prévisions divergent sur l'attitude que va adopter la BoE, qui a abaissé en août son taux directeur à son plus bas niveau historique, 0,25 %, afin de soutenir l'économie britannique face aux difficultés attendues.

Les négociations de sortie de l'UE devraient débuter en 2017, avant la fin mars, et durer deux ans. L'économie britannique a relativement bien tenu le choc jusqu'à présent, mais l'incertitude autour du processus de Brexit pourrait entraîner un très fort ralentissement de la croissance l'année prochaine, à cause entre autres d'un coup frein des investissements des entreprises.