Les discussions sur l'accord commercial transpacifique (TPP) ont dû être prolongées jusqu'à vendredi afin de parvenir à un compromis sur les sujets de friction (pièces détachées automobiles, produits laitiers...) et arracher un accord.

Mis à jour le 1er oct. 2015
Paul HANDLEY AGENCE FRANCE-PRESSE

Réunis depuis mercredi à Atlanta, en Géorgie, les négociateurs de 12 pays, dont les États-Unis et le Japon, devaient boucler jeudi ces discussions entamées en 2008 mais ont préféré se donner un jour de plus face à l'ampleur de la tâche.

« Les négociations continueront demain », a indiqué un porte-parole du représentant américain pour le Commerce (USTR).

Ces 12 pays riverains du Pacifique, représentant 40 % du commerce mondial, tentent de mettre sur pied une vaste zone de libre-échange, dont la Chine ne ferait pour le moment pas partie, mais se heurtent encore à de nombreux obstacles.

Selon des négociateurs, le Japon demande notamment l'abaissement des barrières placées par les États-Unis aux importations de pièces détachées automobiles de pays ne faisant pas partie de l'association nord-américaine de libre-échange (l'Alena qui rassemble les États-Unis, le Canada et le Mexique).

Un autre point de résistance réside dans l'ouverture du marché des produits laitiers canadien, japonais et américain aux importations néo-zélandaises et australiennes.

Robert Pettit, un représentant des industries laitières australiennes, a fait part de sa préoccupation face aux réticences américaines à l'ouverture de ce marché. « Nous n'avons pas de subventions, nous sommes pour le libre-échange », a-t-il affirmé.

Une délégation de producteurs canadiens se trouvait à Atlanta pour presser leurs négociateurs de ne pas ouvrir davantage le marché laitier à la concurrence étrangère.

Si la proposition de laisser entrer 17 000 tonnes de fromage au Canada était retenue, 400 fermes familiales seraient condamnées à disparaître au Québec, a mis en garde le ministre de l'Agriculture de cette province, Pierre Paradis.

Les négociateurs tentent également de se mettre d'accord sur une augmentation de cinq à huit ans de la durée de protection des brevets sur les médicaments biologiques. Mais les associations de consommateurs et ONG estiment que cela conduirait à augmenter les prix de certains médicaments.

Selon l'ONG Public Citizen, cette hausse « reviendrait sur l'approche suivie jusqu'ici par les États-Unis accordant aux pays les plus pauvres davantage de souplesse pour assurer à leur population un accès à des médicaments bon marché ».

Gros enjeux

Les négociateurs ont entamé leurs discussions mercredi après plusieurs jours de réunion au niveau technique.

Des représentants de la « société civile » sont également présents et certains d'entre eux se sont rassemblés dans le hall de l'hôtel qui accueille les discussions aux cris de « Non au TPP, arrêtez la course aux profits ».

Un sénateur américain, le républicain Orrin Hatch, a de son côté averti que le Congrès pourrait refuser de ratifier un éventuel accord s'il ne protégeait pas suffisamment les intérêts des États-Unis.

« Personne (...) ne devrait être pressé de conclure les négociations si cela signifiait un résultat moins qu'optimal pour notre pays », a-t-il affirmé dans un communiqué.

L'administration démocrate américaine a obtenu, pour négocier cet accord, la procédure dite du « Trade Promotion Authority » (TPA) qui obligera le jour venu le Congrès à se prononcer pour ou contre le texte de tout l'accord commercial, sans pouvoir l'amender. La Maison-Blanche avait dû, pour y parvenir, affronter une rébellion dans son propre camp démocrate.

Engagés en 2008, les pourparlers rassemblent l'Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, les États-Unis et le Viêtnam.

Ils ne comprennent pas la Chine en raison des réticences des États-Unis et du Japon face à la politique commerciale de ce pays.

Washington souhaite également conclure un accord rapidement pour éviter que le débat sur sa ratification n'intervienne en pleine campagne présidentielle l'an prochain.

Les organisations de la société civile dénoncent le secret qui entoure ces négociations et le fait qu'elles portent, comme un autre accord en cours de négociation entre les États-Unis et l'Union européenne (le TTIP), sur la mise en place de structures judiciaires extraterritoriales pour les litiges entre investisseurs et entreprises des pays signataires.