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De la télé... aux épinards

Un travailleur examine des pousses dans une serre... (Photo Edgar Su, Reuters)

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Un travailleur examine des pousses dans une serre verticale haute de trois étages. Plusieurs géants japonais de l'électronique sont en train de convertir des usines abandonnées en immenses serres industrielles pour la culture de légumes, des produits plutôt chers au Japon.

Photo Edgar Su, Reuters

Richard Dupaul

En une décennie, les géants japonais de l'électronique ont presque été évincés de leurs marchés vitaux, comme les téléviseurs, par leurs rivaux coréens et chinois. Pour survivre, ils tentent une mutation vers de nouveaux secteurs, dont la production de légumes.

Le mois prochain, le géant Toshiba amorcera la commercialisation du nouveau-né issu de ses laboratoires de recherche. Non, il ne s'agit pas d'un téléviseur ultramince. Ou d'un ordinateur révolutionnaire. Mais plutôt de tendres épinards.

Le groupe japonais vendra aux Japonais, d'ici à la fin septembre, des légumes issus de la Toshiba Clean Room Farm à Yokosuka, située au centre de l'archipel nippon. C'est là, dans un bâtiment aseptisé de 2000 m2, que seront cultivés - hors sol et dans un liquide enrichi en nutriments - des épinards, des laitues et de la mizuna, une sorte de roquette japonaise.

Avec cette nouvelle aventure, Toshiba poursuit sa mutation vers des secteurs plus prometteurs. En chute libre sur les marchés des ordinateurs et des téléviseurs, le groupe nippon explore ainsi de nouvelles avenues de croissance.

Toshiba n'est pas seul. Plusieurs de ses homologues japonais croient aussi avoir le pouce vert. Fujitsu, Hitachi, Panasonic et Sharp sont également en train de convertir des usines abandonnées en immenses serres industrielles pour la culture de légumes - des produits passablement chers au Japon, mais qui offrent des marges bénéficiaires intéressantes aux producteurs.

Quelques mois auparavant, Panasonic a décidé de diminuer sa présence dans les produits électroniques de masse. Il a cessé de fabriquer des téléviseurs au plasma et il regroupera ses activités de circuits intégrés (LSI) avec celles de son compatriote Fujitsu.

Outre les légumes, un marché de niche encore jeune, Panasonic mise aussi de plus en plus sur les pièces d'automobiles, dont les piles pour véhicules hybrides et tout électriques, et le matériel de domotique notamment.

Pour sa part, le roi déchu Sony - jadis leader mondial des téléviseurs et des appareils audio - vient aussi d'entreprendre des transformations après une longue hésitation.

Sony a vendu, le mois dernier, sa division des PC portables «VAIO» à un fonds d'investissement nippon, tandis que la fabrication de télé a été scindée et regroupée sous une filiale. Le tout s'accompagnant de la suppression de 5000 emplois (d'ici mars 2015) et la vente de plusieurs bâtiments et terrains pour renflouer les coffres.

La décision de Sony - dont les télés Trinitron et baladeurs Walkman ont contribué à faire du Japon le plus grand exportateur de la planète durant les années 90 - illustre la transformation des fleurons de l'électronique japonais, qui tentent ainsi d'assurer leur survie.

Toshiba et Hitachi, qui étaient moins dépendants de l'électronique de masse, se consacrent de plus en plus à leurs activités dans le matériel industriel lourd (tracteurs, camions et équipements miniers).

Perte de leadership

Déjà affaiblis par l'assaut des coréens Samsung et LG dans l'électronique de masse au tournant des années 2000, les colosses japonais ont été terrassés par la crise financière 2008-2009: Sony, Hitachi, Panasonic, Fujitsu, Sharp, NEC et Toshiba ont enregistré en 2009 des pertes cumulatives de 17 milliards US.

En 10 ans, Sony et Panasonic ont perdu leur leadership mondial dans la télévision. Selon le cabinet DisplaySearch, le premier est tombé en 2013 à la quatrième place dans la télé LCD avec 6,3% du marché (en volume), et le second à la neuvième place avec 4%.

Jusqu'ici en 2014, les résultats de leur mutation sont fort différents pour les deux groupes. Alors que Panasonic a renoué avec les bénéfices, Sony prévoit encore être dans le rouge cette année, malgré un bénéfice (280 millions CAN) au 1er trimestre de l'exercice en cours. Un contraste qui s'explique par la vitesse des restructurations menées depuis deux ans par les deux sociétés nipponnes.

Restent au moins deux consolations pour Sony et ses consorts.

D'une part, le marché d'électronique de masse est devenu «un business quasi impossible», dit Bank of America Merrill Lynch dans un récent commentaire repris par The Economist. À preuve, les profits de Samsung étaient en baisse pour une troisième fois d'affilée au dernier trimestre (terminé au 31 mars), résultat de la concurrence grandissante des groupes chinois comme Xiaomi.

D'autre part, les experts sont unanimes sur un autre point: les épinards, c'est bien plus nourrissant que la télé.




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