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La France s'attaque au «tabou» des retraites

L'État français tente de trouver une solution au... (PHOTO ERIC GAILLARD, REUTERS)

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L'État français tente de trouver une solution au problème endémique du financement de ses caisses de retraite pour la cinquième fois depuis 20 ans. Or, la situation est aujourd'hui plus critique qu'elle ne l'a jamais été, avec la crise économique qui s'aggrave et le chômage qui grimpe depuis plusieurs trimestres.

PHOTO ERIC GAILLARD, REUTERS

(Paris) Pour plusieurs en France, c'est considéré comme «le tabou des tabous». Le gouvernement de François Hollande doit pondre une énième réforme des retraites avant la fin de l'été, et les pistes avancées jusqu'à maintenant font déjà rugir les syndicats.

Le très attendu «rapport Moreau», déposé hier matin, dresse les bases de cette nouvelle révision. Ses conclusions sont limpides: des efforts seront demandés à tout le monde, autant les travailleurs actifs que les retraités.

Ce sera la cinquième fois depuis 20 ans que l'État français tente de trouver une solution au problème endémique du financement de ses caisses de retraite. Or, la situation est aujourd'hui plus critique qu'elle ne l'a jamais été, avec la crise économique qui s'aggrave et le chômage qui grimpe depuis plusieurs trimestres.

«Le déficit des caisses de retraite représente 20 milliards d'euros, c'est un enjeu important pour Hollande», souligne Laurent Calvet, professeur de finances à HEC Paris, en entrevue à La Presse.

Parmi les principales pistes de solution avancées hier, le rapport Moreau propose de faire passer de 41,5 à 44 ans la durée de cotisation des salariés nés après 1966. Les retraités, pour leur part, devraient payer un plus d'impôts, et l'indexation de leurs rentes pourrait être revue à la baisse.

Pas question cependant de repousser encore une fois l'âge légal de la retraite, qui est passé de 60 à 62 ans en 2010. Ce changement avait engendré des manifestations monstre dans toute la France, un chaos que le gouvernement tient sans aucun doute à éviter après les nombreux débordements liés au mariage gai ces derniers mois.

En conférence de presse hier à l'Élysée, le président François Hollande a réitéré que la priorité était de trouver une solution «à long terme» au déficit des caisses de retraite. Les prochaines semaines permettront de peaufiner les détails de la réforme, a-t-il ajouté.

«Nous faisons en sorte de respecter nos partenaires, en l'occurrence nos partenaires sociaux, qui vont être bientôt consultés, même si c'est le gouvernement, et seulement le gouvernement, qui prendra la décision», a toutefois averti le politicien.

Coup d'épée dans l'eau?

La réussite de cette nouvelle réforme est cruciale pour la France. Or, certains experts doutent que le gouvernement socialiste de François Hollande ira assez loin dans les efforts nécessaires.

«Le problème, c'est qu'il faut avoir le courage politique de faire des réformes, mais on n'a malheureusement pas la culture économique pour ça, a lancé Marc Touati, économiste et président du cabinet-conseil ABCDEFI. C'est un peu du marketing, pour essayer de rassurer les investisseurs et les financiers de la dette publique.»

M. Touati, dont l'ouvrage récent Le dictionnaire terrifiant de la dette consacre tout un chapitre aux retraites, rappelle que le système actuel comporte de nombreuses «injustices» en vertu d'une série de «régimes spéciaux».

Par exemple, les cheminots de la SNCF peuvent prendre leur retraite à partir de 52 ans, avec une pension brute de 1910 euros par mois en moyenne, selon la compilation du Parisien. En comparaison, les retraités du secteur privé soumis au régime général doivent partir à 62 ans, avec une pension variant de 1216 à 1256 euros.

Le projet de réforme sur la table prévoit certains ajustements entre les différents régimes de retraite, mais pas la disparition des «régimes spéciaux». Qu'à cela ne tienne, plusieurs leaders syndicaux ont averti hier qu'ils n'hésiteraient pas à mobiliser leurs membres si on touchait trop à leurs acquis.

La question des retraites est cruciale pour l'avenir de la France, mais la priorité du gouvernement devrait être la lutte au chômage, conclut Marc Touati. Le nombre de sans-emploi a dépassé ce printemps son précédent sommet des années 90, et l'OCDE prévoit une hausse constante du chômage au moins jusqu'à la fin de 2014.

«Si les gens ne travaillent pas, comment auront-ils des retraites?»

***

UNE MULTITUDE DE RÉGIMES

Âge légal de départ à la retraite:

Régime général: 60 à 62 ans

Fonction publique: 60 à 62 ans

SNCF et RATP (transports): 52 à 57 ans

Électriciens et gaziers: 57 à 62 ans

Déficit estimé des caisses de retraite en 2020 : 20 milliards d'euros




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