Au royaume de Sa Gracieuse Majesté Élisabeth II, on aimerait imiter l'expérience canadienne des années 90 pour juguler le déficit et limiter la croissance de la dette publique qui équivalaient respectivement à 11,4% et 68,1% de la taille de son économie, l'an dernier.

Rudy Le Cours LA PRESSE

L'ancien ministre des Finances Paul Martin a même été consulté pour connaître les ingrédients de la recette canadienne. Lors de son budget de 1994-1995, le déficit canadien correspondait à 5,9% du produit intérieur brut (42 milliards de dollars à l'époque) et la dette à 71,4% (ou 508 milliards en excluant celle des provinces).

L'assainissement réussi des finances publiques canadiennes a fait en sorte que le Canada a traversé la récente récession avec un déficit budgétaire correspondant à 2,8% de son produit intérieur brut (PIB), le plus faible du G7.

Plus mal pris

Derek Burleton et Sonya Gulati, économistes à la Banque TD, ont passé à la loupe les deux plans budgétaires en plus de les situer dans leur contexte économique particulier. Leur conclusion est assez simple: le Royaume-Uni est plus mal pris que nous l'étions, même si l'austérité canadienne a exigé beaucoup de sacrifices.

«Il faut noter que l'adoption du «patron canadien» n'est pas gage de succès, expliquent-ils dans une étude spéciale publiée hier. Les perspectives économiques britanniques plutôt sombres laissent moins de marge qu'au Canada durant les années 90 pour effacer simplement les déficits ou les pelleter à d'autres ordres de gouvernement.»

À l'instar du Canada, le Royaume-Uni a choisi de sabrer avant tout les dépenses et de réduire la taille de sa fonction publique. Les augmentations de taxes britanniques sont modestes en comparaison. Le R.-U. portera sa TVA (taxe sur la valeur ajoutée) de 17,5% à 20,0% et augmentera les primes d'assurance-emploi. Le Canada avait choisi d'accaparer les surplus de l'assurance-emploi, d'augmenter légèrement l'impôt des sociétés et les taxes d'accise. Surtout, M. Martin avait sciemment reconduit la stratégie de son prédécesseur conservateur Michael Wilson qui avait gelé 10 ans plus tôt les déductions fiscales personnelles et liées aux personnes à charge. Cela équivalait à une ponction fiscale déguisée par l'entremise de l'atteinte plus rapide de paliers supérieurs d'imposition.

Cela dit, le Canada a surtout été servi par une conjoncture économique favorable. La reprise américaine était alors solide. L'Accord de libre-échange nord-américain signé six ans plus tôt donnait ses meilleurs fruits et remplissait les coffres du Trésor fédéral.

Ce n'est pas du tout le contexte européen présent de reprise molle, affaiblie en outre par l'austérité budgétaire de tous les membres de l'Union.

La récession de 1990-1991 avait été aggravée au Canada par une politique monétaire très rigoureuse. Le taux directeur de la Banque du Canada, alors gouvernée par John Crow, était cinq points de pourcentage plus élevé que celui de la Réserve fédérale. Son successeur, Gordon Thiessen, a diminué le taux directeur, à mesure que l'inflation ne menaçait plus, ce qui permet d'importantes économies au service de la dette canadienne.

Des taux au plancher

Le gouvernement britannique de James Cameron n'aura pas cette chance. Les taux directeurs au Royaume de Sa Gracieuse Majesté sont à leur niveau plancher et la Banque d'Angleterre est même engagée dans un programme de détente quantitative.

«Le point de départ plus inquiétant et le contexte économique plus difficile avec lesquels Londres est aux prises rendront peut-être plus longue et ardue la période de consolidation fiscale», jugent les auteurs.