En 2008, Carl Dubuc a cédé à la «pression» de son entourage. Il s'est décidé à investir dans l'immobilier en achetant un appartement à l'est du centre-ville pour un peu moins de 200 000$.

Maxime Bergeron LA PRESSE

Même si le condo était rénové de A à Z, de nombreux problèmes sont apparus dès la première année. Le jeune professionnel a dû allonger près de 20 000$ pour couvrir les travaux, en plus de perdre des contrats - et plusieurs heures de sommeil - pendant de longs mois.

M. Dubuc a finalement vendu l'appartement l'an dernier pour déménager dans un logement du quartier Villeray. Son aventure immobilière est derrière lui, pour son plus grand bonheur. «Avec mon style de vie, ça me convient autant d'être locataire que propriétaire», résume-t-il.

Au-delà des rénovations, les nombreuses dépenses associées à la propriété ont conforté le Montréalais dans sa décision de vendre. «Mes frais de condo me coûtaient 1000$ par année, mes taxes, 2000$, les assurances de la copropriété, 700$. Quand tu calcules tout ça, ça faisait 3000$ de dépenses fixes pour mon condo. Comme locataire, avec l'internet et le chauffage compris, ça me coûte 575$ par mois!»

L'exemple de Carl Dubuc est inverse à la tendance observée depuis une décennie au Québec, avec de jeunes ménages de plus en plus nombreux à quitter leur logement pour s'offrir une maison ou un condo.

Or, avec la hausse salée des prix, les aspirants proprios devraient aujourd'hui faire preuve de la plus grande prudence avant de signer une offre d'achat, avertit Louis-Philippe Toupin, planificateur financier et directeur régional du bureau Montréal-Champlain du Groupe Investors. La firme a publié hier une fiche informative sous forme de mise en garde, à l'approche des déménagements massifs du 1er juillet.

«S'acheter une maison est de plus en plus dispendieux, et il faut peut-être y penser à deux fois, a fait valoir M. Toupin à La Presse Affaires. Quand les gens achètent une maison, est-ce qu'ils tiennent vraiment compte de tous les coûts?»

Le planificateur donne l'exemple d'une maison «en bas de la moyenne», grevée d'une hypothèque de 250 000$. Le paiement mensuel s'élève à environ 1000$, somme à laquelle il faut ajouter 250$ pour les impôts foncier et scolaire, et 400$ pour les services.

«Ça nous amène à 1700$, et là on n'est pas dans le luxe, tranche-t-il. Ça peut représenter une bonne proportion du revenu brut ou net d'une majorité d'individus, et on oublie ces facteurs-là très souvent.»

Louis-Philippe Toupin reconnaît que l'achat d'une maison représente un investissement à long terme. Mais avec les hausses de prix de la dernière décennie - quelque 150% à Montréal, pour une valeur moyenne de 312 500$ -, le potentiel d'accroissement sera plus limité au cours des 10 prochaines années. Mieux vaut, pour certains, demeurer locataires et utiliser d'autres véhicules pour faire fructifier son capital, dit-il.

Potentiel ou pas, de nombreux ménages continuent à opter pour la propriété. Sylvie Rousson, courtière hypothécaire chez Multi-Prêts qui conseille de nombreux premiers acheteurs, fait toujours avec eux un exercice de préqualification approfondi.

«Ce qu'il est important de faire à cette étape-là, c'est de s'assurer que le budget puisse entrer dans la propriété, et qu'on est surtout pas en train de squeezer une propriété dans son budget», aime-t-elle dire à ses clients.

Bien souvent, après une première analyse, les aspirants propriétaires décident de ne pas emprunter le maximum permis par les banques, dit Mme Rousson. Les institutions autorisent en général un ratio d'endettement résidentiel (hypothèque, impôt foncier et chauffage) de 32% du revenu brut, tandis que la courtière de Multi-Prêts essaie de se limiter à 28% pour laisser une marge de manoeuvre aux nouveaux proprios.

Cette fameuse marge sera d'autant plus importante que les taux d'intérêt devraient augmenter d'environ 2% d'ici la fin de 2013, prédisent en moyenne les économistes.

Dimanche dernier, à l'émission Question Period de CTV, le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a lancé une mise en garde bien claire à ce sujet aux emprunteurs: «Les taux d'intérêt sont à un creux historique et ils ne peuvent que monter, donc on veut être sûr que les ménages se préparent en sachant que les taux d'intérêt seront sans doute plus élevés lorsqu'ils renouvelleront leur hypothèque dans quelques années.»

Dans le cas d'un prêt de 250 000$ étalé sur 25 ans, une hausse des taux de 4% à 6% fera passer les paiements mensuels de 1052$ à 1280$.