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La Fed tourne la page du stimulus monétaire

La banque centrale des États-Unis (Fed) a tourné mercredi la page du soutien... (PHOTO KAREN BLEIER, ARCHIVES AFP)

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Virginie MONTET
Agence France-Presse
WASHINGTON

La banque centrale des États-Unis (Fed) a tourné mercredi la page du soutien monétaire exceptionnel à l'économie américaine tout en laissant les taux d'intérêt inchangés, proches de zéro.

Le Comité monétaire de la Fed (FOMC), qui cite les «solides gains» sur le marché de l'emploi», cesse comme attendu ses injections de liquidités, constituées d'achats de bons du Trésor notamment et destinées à soutenir la reprise.

La banque centrale assure encore qu'elle laissera les taux d'intérêt proches de zéro pendant «une période de temps considérable» mais ajoute un bémol à cette promesse: elle affirme que si les progrès de l'inflation et de l'emploi sont plus rapides, une première hausse des taux «pourrait intervenir plus tôt que ce qui est actuellement attendu».

La plupart des analystes misent actuellement sur une première hausse des taux d'ici juin 2015 alors qu'ils sont proches de zéro depuis fin 2008.

Fait nouveau dans son communiqué, le FOMC ne qualifie plus d'«importante» la sous-utilisation des ressources du marché de l'emploi, qui fait notamment référence aux nombreux emplois à temps partiel. Celle-ci «diminue progressivement», constate la Fed alors que le taux de chômage est tombé à 5,9% en septembre.

Légère modification dans son appréciation de l'inflation, la Fed constate que «la probabilité que l'inflation reste sous les 2% de manière persistante a quelque peu diminué». Elle note en outre l'influence des bas prix de l'énergie sur la faible hausse des prix. L'inflation ne dépasse pas 1,5% actuellement, selon l'indice PCE, la mesure retenue par la Fed.

Comme attendu, le Comité «a décidé de conclure son programme d'achats d'actif ce mois-ci».

Ces achats de bons du Trésor et de titres adossés à des créances immobilières avaient déjà été réduits progressivement à 15 milliards de dollars mensuels.

Depuis deux ans, la Fed a injecté quelque 1600 milliards de dollars dans le système financier à travers ce troisième volet de soutien monétaire exceptionnel. La Fed assure qu'elle continuera toutefois à réinvestir le produit de ces titres arrivant à maturité ce qui «devrait aider à maintenir des conditions financières très accommodantes».

À travers ses trois phases de stimulus exceptionnel depuis six ans, la Fed a accumulé près de 4500 milliards de dollars d'actifs à son bilan.

Message moins conciliant

Un seul membre du FOMC a voté contre cette décision. Narayana Kocherlakota, président de l'antenne régionale de la Fed de Minneapolis (nord), qui est connu pour être du côté des «colombes» plus préoccupées par le chômage que par l'inflation, estime que la Fed devrait continuer ses achats d'actifs et garder les taux bas plus longtemps avant que l'inflation ne remonte vers l'objectif de 2%.

Le fait que les deux précédents dissidents, Charles Plosser et Richard Fisher, aient approuvé mercredi le message de la Fed montre que l'orientation de la banque centrale est moins conciliante.

«En dépit des turbulences récentes sur les marchés, le communiqué du FOMC est davantage du ressort des "faucons"», relève Paul Ashworth, économiste en chef pour Capital Economics.

Harm Bandholz d'Unicredit souligne quant à lui «l'excellent travail de la Fed» qui est parvenue «à poursuivre son chemin vers la normalisation de la politique monétaire sans provoquer un autre caprice sur les marchés financiers». «Pour y arriver, le Comité a conservé la mention de la "période considérable" (...) tout en introduisant d'autres subtilités de langage qui rendent le message plus agressif», ajoutait l'analyste.

«Il y avait assez de changements dans le communiqué pour montrer que la Fed a effectué sa transition vers une hausse des taux à l'horizon», affirmait Joel Naroff, économiste indépendant.

Plusieurs experts notaient aussi que le Comité n'a fait mention ni de la volatilité des marchés financiers ni du ralentissement de la croissance en Europe ou en Chine.

La Fed s'est concentrée sur la première économie mondiale dont l'expansion reste, selon elle, «modérée» alors que le gouvernement publie jeudi sa première estimation de croissance pour le troisième trimestre. Entre avril et juin, le PIB américain avait progressé de 4,6% en rythme annualisé.

Les trois cycles d'injection monétaire de la Fed depuis 2008

Pour faire face à la crise financière aux Etats-Unis, la Banque centrale américaine (Fed) a procédé depuis 2008 à trois phases d'injections massives de liquidités baptisées «assouplissement quantitatif» ou «quantitative easing» et auxquelles elle a mis fin mercredi.

La première vague a lieu fin novembre 2008, un peu plus de deux mois après la faillite de la banque Lehman Brothers. En pleine tempête financière et crise des crédits immobiliers à risque («subprime»), la Réserve fédérale sort alors de son rôle traditionnel.

En plus d'abaisser son principal taux directeur à un niveau proche de zéro, l'institution annonce le début de rachats massifs d'actifs jusqu'en mars 2010 afin de fluidifier le crédit, diminuer le coût de l'emprunt et stimuler l'investissement.

Entre les titres adossés à des créances immobilières -les obligations émises par les géants du refinancement immobilier Fannie Mae et Freddie Mac- et les bons du Trésor, la Banque centrale débourse entre novembre 2008 et mars 2010 quelque 1.750 milliards de dollars au cours de ce «QE 1».

Face à la fragilité persistante de la première économie mondiale et à la crise en zone euro, la Fed doit toutefois se résoudre en novembre 2010 à lancer un «QE 2» et à entamer un nouveau cycle d'injections de liquidités.

Dans le détail, la Fed décide à la fois de racheter pour 600 milliards de dollars de bons du Trésor pour faire baisser les taux d'intérêts à long terme et de réinvestir les titres acquis au cours du «QE 1» et arrivés à maturité.

Ce nouveau cycle, qui s'achève en juin 2011, ne lève toutefois pas toutes les inquiétudes. Quelques mois plus tard, en septembre 2011, elle décide de troquer ses obligations à court terme pour des titres à maturité plus longue, au cours d'une opération baptisée «Twist» et aujourd'hui achevée.

Un an plus tard, la Fed doit se résoudre à enclencher une troisième vague d'injections monétaires, le «QE 3». En septembre 2012, elle annonce l'achat mensuel de 40 milliards d'actifs, porté en janvier à 85 milliards, répartis entre 45 milliards de dollars de bons du Trésor et 40 milliards de titres adossés à des créances immobilières.

Cette nouvelle phase marque une innovation: la Banque centrale se donne une marge de manoeuvre supplémentaire et n'annonce cette fois aucune date de fin de ces achats mensuels, conduisant les analystes à rebaptiser le «QE 3» en «QE infinity».

Ce n'est qu'à partir de décembre 2013 que la Banque centrale va progressivement réduire ces achats d'actifs et finalement les conclure ce mercredi. Au total, cette 3e phase d'assouplissement monétaire exceptionnel a injecté quelque 1600 milliards de dollars supplémentaire dans le système financier.

Cette politique d'expansion monétaire laisse la Fed avec 4500 milliards de dollars d'actifs à son bilan contre 900 milliards avant la crise. Revenir à un niveau plus normal prendra jusqu'à la fin de la décennie, a averti la présidente Janet Yellen. La Fed a promis jusqu'ici, pour continuer à soutenir la reprise, de ne pas vendre les titres qu'elle a acquis et même de réinvestir le produit de ceux qui arrivent à maturité.




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