Hydro-Québec passe au crible la totalité de ses pratiques de santé et sécurité au travail. Après avoir scruté ses grands chantiers, dont celui de La Romaine sur la Côte-Nord où quatre hommes ont trouvé la mort depuis 2009, la société d'État étend l'examen mené par une firme externe à l'ensemble de ses divisions et de leurs 19 500 employés.

Mis à jour le 15 oct. 2017
Fanny Lévesque LA PRESSE

«On cible tout», lance le directeur des communications d'Hydro-Québec, Serge Abergel. «[On ne parle plus] juste des chantiers, mais de l'ensemble des gestes posés par tous les employés.» Cette vaste refonte n'est pas étrangère à «l'approche souhaitée» de la nouvelle direction qui espère faire de la société d'État «la référence en matière de santé et sécurité».

Hydro-Québec connaît son plus sombre bilan des 20 dernières années au chantier La Romaine, où quatre personnes ont perdu la vie depuis 2009. C'est dans la foulée de la quatrième mort, en décembre dernier, que le conseil d'administration a mis sur pied d'urgence un comité extraordinaire chargé d'évaluer les façons de faire en matière de santé et sécurité au travail. L'exercice a été confié à ERM Canada Groupe Conseil.

«On ne peut pas prétendre qu'il n'y a pas d'amélioration à faire ici. Il faut entreprendre une telle démarche avec une certaine humilité», dit M. Abergel.



L'effet Martel?


Hydro-Québec explique avoir choisi d'élargir le mandat d'ERM non pas parce que la firme a décelé des lacunes importantes sur les chantiers, mais plutôt parce que la démarche s'inscrit dans la «philosophie d'amélioration continue» du président-directeur général, Éric Martel. «C'est plus de se dire comment on peut faire mieux», nuance le porte-parole.

Le grand patron a d'ailleurs changé certaines règles du jeu depuis janvier. Dorénavant, Éric Martel est mis au courant quotidiennement à 11h30 de tous les enjeux touchant la santé et sécurité au travail, où qu'ils soient recensés sur le territoire.

«Que ce soit relativement à une équipe de monteurs de lignes dans les Laurentides ou sur un chantier, l'information se rend au PDG», affirme M. Abergel.

«Et c'est toujours en mode problème-solution, maintenant. [...] Tous les jours, ça prend des réponses pour corriger les choses», poursuit-il. Hydro-Québec mène annuellement plus d'un millier de chantiers de construction, de réfection d'équipements de production et de distribution d'électricité à travers la province, en plus de ses activités courantes.

Mesures immédiates



Même si ERM n'a pas encore livré son rapport final, qui inclura l'ensemble de ses travaux, Hydro-Québec a déjà mis en place différentes mesures sur recommandation de la firme. À La Romaine, 80 «agents de changement» ont été formés pour relever les risques de blessure. Toutes les formations d'accueil d'employés ont également été revues.

Pas un quart de travail ne débute non plus avant que les équipes aient tenu une rencontre pendant laquelle un «gros focus» est fait sur la sécurité. Toutes les deux semaines, Hydro organise aussi des démonstrations d'équipements lourds à l'extérieur, près de la cafétéria. «C'est une chose [d'apprendre les risques] en classe, mais là, on amène l'équipement sur le terrain», indique-t-il.

ERM effectue encore «certaines activités» au chantier La Romaine, le plus important d'Hydro-Québec, estimé à 7,2 milliards de dollars. Il est encore trop tôt pour savoir quand la firme ERM terminera son évaluation globale. «Ça prendra le temps qu'il faut», précise M. Abergel. La société d'État ne divulgue pas non plus pour l'heure combien lui coûtera l'exercice.

Avant l'élargissement de son mandat, ERM devait livrer ses recommandations au printemps.