L'OPEP et ses partenaires, dont la Russie, ont décidé de maintenir jeudi leurs quotas de production de pétrole jusqu'en mars 2018 dans le but de réduire les stocks mondiaux et de peser sur les prix, une stratégie rendue compliquée par le dynamisme de l'offre américaine.

Mis à jour le 25 mai 2017
Joseph SOTINEL, Simon STURDEE AGENCE FRANCE-PRESSE

Vers 13h35, le baril de «light sweet crude» (WTI), référence américaine du brut perdait 2,36 dollars à 49,00 dollars sur le contrat pour livraison en juillet, tandis qu'à Londres le Brent sur la même échéance perdait 2,34 dollars à 51,62 dollars.

«Nous avons envisagé différents scénarios (de prolongation, NDLR) de six à neuf et 12 mois et nous avons même envisagé des options pour des réductions plus importantes», a déclaré le ministre saoudien de l'Énergie Khaled al-Faleh après une réunion de 24 pays producteurs, OPEP et non-OPEP, au siège de l'organisation à Vienne.

«Tous les signaux sont solides pour montrer qu'une extension de neuf mois est optimale et devrait nous rapprocher de la moyenne des stocks des cinq dernières années, d'ici la fin de l'année», a ajouté le représentant de l'Arabie Saoudite, chef de file de l'organisation et premier exportateur mondial.

M. al-Faleh avait déjà, avant la réunion, écarté toute baisse de production supplémentaire, à la déception des marchés qui espéraient un objectif plus ambitieux et avaient déjà intégré le scénario d'une reconduction des quotas.

Dans une décision historique, les 13 membres du cartel avaient décidé en novembre 2016 de limiter leur production, entraînant dans ce mouvement 11 pays producteurs extérieurs à l'organisation, dont la Russie.

Ce pacte était valable jusqu'au 30 juin, mais les pays producteurs souhaitent prolonger cet effort, car l'accord de 2016 n'a pas véritablement rempli son objectif de soutenir durablement les prix du brut et d'éliminer l'excédent d'offre.

«De nombreux pays sont prêts à agir si c'était nécessaire, mais ce ne sera pas le cas. Les réserves mondiales commencent à reculer», avait expliqué dans la matinée le ministre saoudien, confiant dans un rééquilibrage progressif.

Seul changement à venir: la Guinée équatoriale, qui rejoint officiellement le cartel, va participer aux baisses de production.

Depuis l'accord de fin 2016, le cours du baril s'est redressé, évoluant dans une fourchette entre 45 et 55 dollars à New York, alors qu'il était tombé jusqu'à 26 dollars en février 2016, une tendance que l'OPEP cherche à conforter.

«Il y a eu un niveau de respect des quotas unique», s'est félicité le ministre russe de l'Énergie, Alexandre Novak.

Alors que la Russie s'était déjà alliée à l'OPEP en de précédentes occasions, elle n'avait pas toujours respecté ses quotas. Cette fois, elle se targue d'avoir dépassé son objectif en abaissant sa production de 310 000 barils par jour sur les premiers jours de mai, contre un objectif de 300 000 barils.

Selon le comité de suivi de l'accord de réduction de production, les engagements de production des pays OPEP et non-OPEP ont été respectés à plus de 100% en avril.

Un accord russo-saoudien

La prolongation du pacte a été instiguée par l'Arabie Saoudite et la Russie, seuls pays avec les États-Unis à dépasser les 9 millions de barils par jour.

Les marchés ont accueilli sans enthousiasme jeudi les propos du ministre saoudien.

«Les marchés tablaient déjà sur une extension de neuf mois. En réalité, puisqu'il n'y a pas eu de bonne surprise, les prix ont reculé», a expliqué à l'AFP Deshpande Abhishek, analyste chez Natixis.

«Cet accord a permis aux prix de revenir au-dessus de 50 dollars, et ceci va mener à une hausse de l'activité des producteurs de pétrole de schiste américain», a-t-il ajouté.

Le pétrole de schiste profite d'un cycle de production plus court et les entreprises américaines profitent des hausses de prix créées par les baisses de l'OPEP pour extraire à plein régime, risquant d'anéantir les efforts du cartel et de ses partenaires pour réduire les stocks mondiaux.

En 2014, l'OPEP avait opté pour une stratégie risquée consistant à inonder le marché d'or noir pour évincer ses concurrents, notamment américains. Mais cette politique avait provoqué une dégringolade spectaculaire des prix, sans durablement affaiblir les producteurs de pétrole de schiste.

Acculées en raison de la saignée budgétaire causée par la baisse des cours, les pétromonarchies et la Russie avaient décidé de fermer les vannes. L'accord de fin 2016, prolongé jeudi, porte sur une baisse globale de 1,8 million de barils par jour.