Après des années de planification et quelque 430 millions de dollars investis avec des partenaires, Cascades (T.CAS) commence enfin les premières livraisons de papier pour cartonneries de sa nouvelle usine de Niagara, dans l'État de New York.

Martin Vallières LA PRESSE

Il s'agit aussi d'un moment charnière pour cette citoyenne de Québec inc. qui s'est fait une renommée dans les produits papetiers de fibres recyclées.

Cascades cherche aussi à s'affranchir pour de bon d'une longue période de réorganisation d'affaires - incluant plusieurs fermetures d'usines - et de dévaluation en Bourse pour ses nombreux employés-actionnaires.

Cette période difficile a d'ailleurs compliqué la préparation du plus important projet industriel de l'histoire de Cascades, confie son principal directeur, Marc-André Dépin. Il est président et chef de la direction de la filiale Norampac, qui englobe les activités de produits d'emballage de Cascades.

«Ce projet d'une grosse usine de papier couverture de fibres recyclées pour les cartonneries a commencé en 2005, alors que l'industrie était en plein boom. Mais au moment d'obtenir le feu vert chez Cascades et ses partenaires, nous avons dû tout remettre en question avec la crise financière et la récession», a expliqué M. Dépin au cours d'un entretien avec La Presse Affaires.

Cette pause aura duré presque trois ans, jusqu'à l'annonce officielle du projet industriel de 430 millions en juin 2011 par Cascades et ses trois partenaires d'investissement minoritaires: la Caisse de dépôt et placement du Québec, Jamestown Container, de Buffalo, et Containerboard Partners.

Ils se partagent environ 45% de la nouvelle société Greenpac, créée pour ce projet et dont la filiale Norampac de Cascades est l'actionnaire majoritaire et gestionnaire.

Dès son annonce, ce projet ne manquait pas d'ambition: implanter la plus grande usine sur le continent de papier de fibres recyclées - 540 000 tonnes par année - pour la fabrication de cartons d'emballage.

Et pour être viable économiquement, notamment devant la concurrence des pays émergents dans les produits papetiers, cette future usine devait obligatoirement être l'une des plus efficaces sur la planète dans son créneau de marché!

Les expressions de doutes dans l'industrie papetière n'ont pas manqué lors de l'annonce du projet Greenpac par Cascades, en 2011, alors que le marché des cartons d'emballage en Amérique du Nord était en surcapacité.

De plus, outre les enjeux commerciaux, les embûches techniques s'annonçaient considérables. À commencer par la décontamination de 800 000 pieds carrés de terrain industriel à Niagara, dans un lieu obligatoirement voisin d'une usine existante de Norampac afin de maximiser les économies d'échelle.

À elle seule, cette décontamination a coûté près de 60 millions. Mais c'est une dépense que l'État de New York et les autorités régionales de Niagara se sont engagés à rembourser à Greenpac au cours de ses premières années d'exploitation. Ce remboursement est prévu en surplus des 65 millions en exemptions fiscales et en subventions pour la création d'une centaine d'emplois industriels.

Quant aux objectifs de rentabilisation de Greenpac, même avec les meilleurs équipements venus de Finlande et d'Allemagne, encore fallait-il que le marché du carton d'emballage se relève de son creux de récession!

Or, c'est justement ce qui se produit depuis quelques mois, au grand soulagement des dirigeants de Norampac/Cascades et de leurs partenaires.

«Les cours du carton ont rebondi de 20% environ depuis un an. Ça reflète le regain dans l'industrie et la consommation aux États-Unis, après des années difficiles, a indiqué Marc-André Dépin.

«Pour nous, ça ne pouvait survenir à un meilleur moment. Et si ce marché continue de se renforcer, ça pourrait accélérer la rentabilisation de Greenpac lorsqu'elle sera rendue à pleine capacité, au cours des prochaines semaines.»

En fait, les dirigeants de Norampac ont déjà fait état aux partenaires chez Greenpac - Cascades, la Caisse de dépôt, Jamestown Container, Containerboard Partners- d'un potentiel de rendement annuel d'au moins 15% sur leur investissement.

Les attentes d'une rentabilisation rapide de Greenpac sont donc élevées parmi les actionnaires de Cascades et les analystes qui l'ont à l'oeil, avec l'espoir d'une meilleure valorisation en Bourse.

«Le démarrage de l'usine Greenpac à Niagara est une étape-clé du programme d'amélioration d'actifs chez Cascades, afin d'être plus concurrentielle. Considérant les conditions du marché [des cartons de fibres recyclées], le moment de ce lancement s'annonce excellent», a récemment souligné l'analyste Leon Aghazarian, de la Financière Banque Nationale.

Son vis-à-vis chez Desjardins Marchés des capitaux, Pierre Lacroix, faisait état d'un «moment idéal» pour le démarrage de Greenpac, considérant l'ampleur de ce projet dans l'industrie papetière nord-américaine.

Selon l'analyste, la réussite de Greenpac pourrait ajouter environ 20 cents en bénéfice par action (environ 18 millions en tout) chez Cascades dès l'an prochain, et justifier une plus-value «de 1,25 à 2$" par action en Bourse.

Un scénario optimiste? Ce sera au tour des patrons de Cascades d'en faire état à ses actionnaires le 8 août, lors de la divulgation des résultats du deuxième trimestre.