Les sociétés minières pourraient bien reprendre les commandes du projet d'un nouveau chemin de fer sur la Côte-Nord, maintenant que le CN et la Caisse de dépôt et placement s'en sont retirés. Ce retrait risque toutefois d'occasionner des délais supplémentaires, d'après les analystes.

Mis à jour le 13 févr. 2013
Hugo Fontaine LA PRESSE

Le CN a confirmé hier qu'il interrompait l'étude de faisabilité pour un chemin de fer entre Sept-Îles et la Fosse du Labrador, où des sociétés minières développent de nombreux gisements de fer.

L'examen du projet a indiqué qu'il serait « difficile d'obtenir les volumes critiques de minerai de fer nécessaires pour justifier la construction par le CN d'une nouvelle infrastructure ferroviaire », a expliqué le transporteur dans un communiqué.

La Caisse de dépôt et placement du Québec s'était alliée au CN dans ce projet associé au Plan Nord. « Nous comprenons que les conditions actuelles sur les marchés mondiaux ne permettent pas la poursuite de ce projet », a déclaré le président et chef de la direction de la Caisse, Michael Sabia. Le prix du fer a été très volatil dans les derniers mois. Il s'agit d'une période très ardue pour le financement des projets.

Des délais supplémentaires

Selon Desjardins Marchés des capitaux, un troisième chemin de fer devra néanmoins être construit un jour ou l'autre. L'analyste Jackie Przybylowski s'attend à ce que les sociétés minières intéressées créent un consortium pour relancer le projet, avec l'aide de partenaires financiers.

Adam Low, analyste chez Raymond James, prévoit aussi que les sociétés minières reprendront les discussions déjà amorcées entre elles avant que le CN n'arrive dans le portrait, il y a un an. Mais sans la présence d'un acteur reconnu comme le CN, l'entreprise d'au moins 5 milliards de dollars sera plus difficile à financer, a expliqué M. Low dans un entretien avec La Presse Affaires. Et cela signifie des délais supplémentaires.

D'après Desjardins, c'est Champion Iron Mines (projet Fire Lake North, au sud de Fermont) qui subira le plus important impact de la décision du CN. Champion pourrait construire son propre chemin de fer de 350 kilomètres jusqu'à Sept-Îles, négocier avec la Compagnie minière IOC pour utiliser son tronçon déjà existant, ou s'entendre avec d'autres sociétés minières pour un chemin de fer commun. Dans tous les cas, selon l'analyste Jackie Pryzbylowski, cela occasionnera des délais certains par rapport à l'échéancier énergique du projet du CN (mise en service en 2017, en même temps que le projet Fire Lake North).

Champion a réservé ses commentaires en attendant de publier un communiqué, ce qui n'avait pas été fait au moment de mettre sous presse.

Un absent de taille

Tant Alderon Iron Ore que New Millennium Iron, qui ont participé à l'étude du CN, ont indiqué que la décision du transporteur ferroviaire n'aura pas d'impact sur leur projet, parce qu'ils privilégient d'autres modes de transport. L'option première d'Alderon est de se connecter au chemin de fer d'IOC. New Millennium et son partenaire Tata Steel projettent quant à eux de construire un pipeline de la région de Schefferville jusque vers Sept-Îles pour leur imposant projet Taconite.

Pour expliquer sa décision de se retirer du projet, le CN a aussi mentionné le fait que les volumes seront plus faibles que prévu parce que certaines sociétés minières, qu'il n'a pas nommées, ont choisi de ne pas participer à l'étude de faisabilité. On peut penser à Adriana Resources, qui dit avoir été incapable de s'entendre avec le CN.

La petite société canadienne, en partenariat avec l'aciériste chinois WISCO, met en valeur entre Schefferville et Kuujjuaq un projet de 50 millions de tonnes par année - plus du double que tout autre projet dans la Fosse du Labrador. Adriana pourrait maintenant être portée à s'allier avec d'autres sociétés minières pour la construction d'un chemin de fer commun.

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Pourquoi un autre chemin de fer ?

Il existe déjà deux chemins de fer qui permettent de relier les gisements de fer de la Fosse du Labrador aux ports de Sept-Îles et Port-Cartier. ArcelorMittal en possède un pour son usage exclusif. La Compagnie minière IOC (Rio Tinto) exploite aussi son propre chemin de fer, entre Labrador City et Sept-Îles, qu'elle partage avec d'autres sociétés minières qui viennent s'y raccorder. Environ 40 millions de tonnes de fer transitent annuellement par ce tronçon. D'après Desjardins Marchés des capitaux, il y aurait encore de l'espace pour une autre tranche de 40 millions de tonnes (voire 60 millions de tonnes au prix d'un investissement significatif), mais ce ne serait toujours pas suffisant pour combler tous les besoins des principaux projets en développement. C'est pourquoi l'option d'un troisième chemin de fer est envisagée.

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Usagers actuels du chemin de fer Québec, North Shore&Labrador, d'IOC

IOC, Labrador City

23 millions de tonnes (production annuelle)

Cliffs Natural Resources Wabush et Fermont

12,5 millions de tonnes

Labrador Iron Mines Schefferville

2 millions de tonnes

TOTAL: 37,5 millions de tonnes

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Expansion et développement prévus dans la Fosse du Labrador

Labrador Iron Mines Schefferville

3 millions de tonnes (production annuelle prévue)

New Millennium (projet DSO) Schefferville

6 millions de tonnes

Alderon Iron Ore Entre Fermont et Wabush

16 millions de tonnes

Champion Iron Mines Fermont

10 millions de tonnes

Cliffs Natural Resources (expansion de la mine du Lac Bloom) Fermont

7 millions de tonnes

New Millennium (projet Taconite) Schefferville

22 millions de tonnes

Adriana Resources Entre Schefferville et Kuujjuaq

50 millions de tonnes

TOTAL: 115 millions de tonnes

Sources: sociétés, Desjardins Marchés des capitaux