Alcoa abandonne le projet d'expansion de son aluminerie de Deschambault pour se consacrer à l'augmentation de la productivité de ses usines au Québec, ce qui se traduira par une réduction du nombre de ses employés.

Mis à jour le 17 mai 2011
Hélène Baril LA PRESSE

Cela devrait se faire sans mises à pied, car 35% des 3400 employés d'Alcoa au Québec seront admissibles à la retraite d'ici 2015, a expliqué hier le président d'Alcoa Canada, Pierre Morin.

L'entreprise continuera d'embaucher du personnel, mais, en ne remplaçant pas ceux qui partent, elle réduira ses effectifs et deviendra plus concurrentielle, a-t-il soutenu après avoir prononcé un discours devant les membres du Cercle canadien de Montréal.

Alcoa a déjà annoncé des investissements de 2,1 milliards de dollars au Québec. La plus grande partie de cet argent, 1,2 milliard, ira à la modernisation de son usine de Baie-Comeau.

L'entreprise a aussi fait savoir récemment qu'elle consacrera 1 milliard au maintien et à l'amélioration de ses deux autres usines au Québec, à Bécancour et à Deschambault, des projets qui ne nécessitent pas d'achat d'électricité supplémentaire auprès d'Hydro-Québec.

Hier, Pierre Morin a précisé que 600 millions iront à la maintenance des usines et 400 millions à une augmentation modeste de la production. La décision finale sera prise au milieu de 2012, a-t-il dit.

Quant au projet d'expansion le plus important d'Alcoa, qui aurait doublé la production de son usine de Deschambault, «on doit le mettre de côté, au moins jusqu'en 2016», a fait savoir M. Morin.

Il a expliqué que beaucoup d'autres projets se disputent le capital disponible d'Alcoa. «Tout le monde veut cet argent», a-t-il dit en parlant des projets d'expansion de son entreprise au Brésil, en Islande et en Arabie Saoudite.

Ceux du Québec devront attendre, même si les perspectives sont excellentes pour le marché de l'aluminium, selon Alcoa. L'entreprise prévoit que la demande d'aluminium augmentera de 12% en 2011. D'ici 2020, les besoins en aluminium devraient doubler, de 40 millions de tonnes par année à 75 ou 80 millions de tonnes par année, a souligné Pierre Morin.

Alumine, PQ

Par ailleurs, le président d'Alcoa croit qu'il est envisageable que l'entreprise s'approvisionne un jour en alumine du Québec, si ce nouveau filon se développe suffisamment. «Ce n'est pas impossible», a-t-il dit.

Alcoa consomme deux millions de tonnes d'alumine pour produire un million de tonnes d'aluminium par année au Québec. Cette alumine provient de plusieurs mines dans le monde, en Jamaïque, au Surinam et au Brésil.

Si la production québécoise s'avère suffisante et à un coût concurrentiel, Alcoa pourrait très bien l'utiliser. «On les laisse partir», a dit M. Morin de l'entreprise qui vient de commencer l'exploitation commerciale de l'alumine en Gaspésie.

Alcoa fait partie de l'équipe qui a conçu le projet d'autobus urbain électrique présenté officiellement la semaine dernière au Saguenay.

Il s'agit d'un projet prometteur, selon Pierre Morin. «C'est pour ça qu'on est à bord.»

Le véhicule, construit entièrement d'aluminium et équipé d'un moteur conçu par Hydro-Québec, pourrait être entièrement construit au Saguenay, espèrent ses concepteurs.

C'est envisageable, estime le président d'Alcoa Canada, parce que le Québec a des atouts, comme l'expertise et la proximité des marchés. Il a aussi des défis, comme la valeur du dollar canadien et le coût de la main-d'oeuvre. Mais «il faut avoir des ambitions», a-t-il dit.