La décision d'Ottawa de rejeter la tentative de prise de contrôle de PotashCorp (T.POT) par BHP Billiton (BHP) en a surpris plusieurs. Agréablement dans certains cas, désagréablement dans d'autres. Des actionnaires et observateurs se prononcent.

Mis à jour le 4 nov. 2010
Hugo Fontaine LA PRESSE

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Sylvain Charlebois, vice-doyen à la recherche et aux études supérieures, Université de Guelph

«Je suis surpris de la décision et du manque d'information. On ne nous a offert aucune information sur le raisonnement derrière la décision. [...] Ce n'est pas une décision où il y a une logique ou une rationalité économique. Ce n'est pas dans la suite logique de ce qui s'est passé dans l'histoire de PotashCorp. En 1989, on privatise, deux ans plus tard, on ouvre la porte aux étrangers, et aujourd'hui on recule et on dit non à un acheteur étranger.»

«La majorité des gens s'attendaient à un oui conditionnel. On a obtenu un non conditionnel. Ça veut dire que le feuilleton n'est pas terminé.»

Louis Gagnon, professeur agrégé de finance à l'Université de Queen's

«Je suis surpris, mais c'est une bonne décision. Le gouvernement dit à BHP de bonifier son offre, que ce soit sur le prix ou sur les garanties offertes. C'est une transaction qui a de très bonnes chances de se produire, en supposant que BHP démontre un peu de flexibilité. [...] Le gouvernement est en position de négociation et c'est très positif. Ça préserve l'image du Canada comme étant ouvert, prêt à faire des affaires, sans non plus donner l'impression que ce sera trop facile.»

Denis Durand, Jarislowsky Fraser (la firme est le troisième actionnaire en importance de PotashCorp)

«On voit cette décision positivement. De toute façon, le prix de 130 $US n'était pas adéquat. Le prix de la potasse était de 339 $US la tonne quand la transaction a été annoncée. On est rendu à 515 $ la tonne. [...] Maintenant, le gouvernement donne 30 jours à BHP pour revoir son offre. Cela veut dire qu'il pourrait y avoir une transaction ultérieurement, mais pas nécessairement avec BHP. D'autres joueurs attendaient peut-être de voir comment le gouvernement allait réagir. Peut-être que ces joueurs vont maintenant se présenter avec une offre.»

Colin Boyd, professeur de gestion à l'Edwards School of Business de l'Université de la Saskatchewan

«C'est une décision politique plus qu'une décision économique et je pense que cela peut avoir des impacts négatifs à long terme sur le Canada. Cela pourrait décourager des sociétés étrangères d'investir au pays, tandis que des pays étrangers pourraient utiliser cette excuse pour empêcher des investisseurs canadiens d'acheter leurs firmes locales.»

«Je ne vois pas comment BHP peut mieux convaincre de l'avantage net de leur offre. Ils ont déjà promis une autre mine assortie de 2000 nouveaux emplois et 12 milliards $ d'investissements. Je suspecte que les chances d'une transaction se concrétisent sont faible.»