Donald Trump affirme avoir refusé de rencontrer Justin Trudeau en marge de l'Assemblée des Nations unies mardi à New York, et s'est dit «très mécontent» des négociations au sujet du renouvellement de l'ALENA.

Mis à jour le 26 sept. 2018
MAXIME BERGERON et JOËL-DENIS BELLAVANCE LA PRESSE

Le bureau du premier ministre conteste cette affirmation, soutenant «qu'aucune réunion n'a été demandée».

Qu'importe qui dit vrai, cette nouvelle prise de bec publique risque de brouiller encore davantage les relations entre les deux pays à quatre jours de l'échéance fixée par Washington pour obtenir un accord sur l'ALENA.

En conférence de presse mercredi à New York, Donald Trump a dit avoir décliné une demande de Justin Trudeau en raison des mesures de représailles commerciales édictées par Ottawa cet été, après l'imposition de surtaxes américaines sur l'acier et l'aluminium. 

«Ses tarifs sont trop hauts, et ils ne semblent pas vouloir bouger, donc je lui ai dit : "Oublie ça"», a lancé M. Trump au sujet de Justin Trudeau.

Style de négociation

Le président a indiqué ne pas apprécier les négociateurs canadiens qui tentent de s'entendre avec Washington en vue de moderniser l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

«Nous sommes très mécontents des négociations et du style de négociation du Canada, a lancé M. Trump. Nous n'aimons pas beaucoup leurs représentants.»

L'administration Trump s'est entendue le mois dernier avec le Mexique - l'un des trois pays membres de l'ALENA - et elle a donné jusqu'à lundi prochain au Canada pour conclure une entente. 

Les pourparlers piétinent, ce qui irrite visiblement au plus haut point le président.

«Le Canada a toute une pente à remonter», a-t-il lancé vers 17h45 pendant une conférence de presse-fleuve.

Mésentente totale

«Je dois être honnête avec vous : nous ne nous entendons pas du tout avec leurs négociateurs, a-t-il poursuivi. Nous croyons que leurs négociateurs [canadiens] ont profité de notre pays longtemps.»

Donald Trump a relancé la charge sur les barrières tarifaires imposées par Ottawa aux importations de produits laitiers américains, par l'entremise du système canadien de la gestion de l'offre. Ce sujet est devenu l'un des plus épineux de la présente négociation.

«Le Canada nous a très mal traités, il a toujours mal traité nos fermiers du Wisconsin et de l'État de New York, a-t-il dit. Comment voulez-vous vendre des produits laitiers avec des tarifs de 300%? Vous ne pouvez pas, c'est en fait une barrière.»

Fini, le nom ALENA

M. Trump a refusé de dire s'il comptait déchirer l'ALENA, ajoutant qu'il détestait cet accord depuis longtemps. Mais, chose certaine, la nouvelle entente à trois, si elle est conclue, portera un nouveau nom.

«Je n'aime pas l'ALENA, je ne l'ai jamais aimé : ç'a été mauvais pour les États-Unis, et bon pour le Canada et le Mexique, a-t-il lancé. Je ne veux plus utiliser le terme ALENA.»

La nouvelle entente pourrait s'appeler USMC - pour United States-Mexico-Canada -, a fait valoir Donald Trump. 

«Mais, ce sera possiblement et probablement juste USM», a-t-il ajouté, faisant référence à une entente qui exclurait le Canada.

Taxes automobiles

Donald Trump a réitéré ses menaces d'imposer des surtaxes de 25% sur les importations automobiles canadiennes, qui pourraient s'avérer catastrophiques pour l'industrie au nord de la frontière.

«Si le Canada ne veut pas faire d'entente avec nous, nous ferons une bien meilleure entente, a dit le président. Nous imposerons des tarifs sur leurs importations de voitures. Nous injecterons des milliards et des milliards dans nos coffres, et nous en serons très heureux, car c'est en fait beaucoup plus d'argent que nous pourrions faire en toute circonstance en concluant une entente.»

Donald Trump a fait valoir que les États-Unis ont affiché «en moyenne» des pertes commerciales de 800 milliards de dollars chaque année depuis cinq ou six ans. Il n'est pas clair de quel pays il parlait précisément.

Trudeau dément

Le bureau du premier ministre a réfuté les propos du président Trump en début de soirée mercredi. «Aucune réunion n'a été demandée», a indiqué une porte-parole du premier ministre, Chantal Gagnon, dans un courriel à La Presse. Elle n'a pas voulu faire d'autres commentaires.

Alors qu'il tenait une conférence de presse à New York, au dernier jour de sa visite aux Nations unies, en matinée mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a tenté de minimiser l'accueil glacial que lui a réservé le président Trump mardi à l'occasion d'un dîner rassemblant plusieurs des leaders de la planète.

Avant le début du repas, M. Trudeau s'est avancé pour saluer le président, qui était assis à une table en train de relire les notes d'une allocution. Donald Trump s'est à peine retourné pour serrer la main du premier ministre. Il n'a pas cru bon non plus de se lever pour le saluer, alors qu'il l'a fait pour d'autres leaders.

Interrogé à ce sujet, M. Trudeau a invité les journalistes à ne pas voir le geste du président comme une rebuffade. «Je ne crois pas qu'il faille y voir quoi que ce soit», a dit le premier ministre, affirmant qu'il s'agissait d'un court échange, ce qui est normal durant les rencontres de l'ONU, «rapide et cordial».

«Il était en train de préparer son allocution qui allait suivre immédiatement. Mais je voulais le saluer. On a bien des occasions d'avoir des conversations avec tellement de différents chefs d'État venus de partout dans le monde».

Il a ajouté : «Je continue de m'entretenir régulièrement avec le président. Nous avons eu une bonne discussion au téléphone la semaine dernière. Et nous avons régulièrement des conversations quand c'est nécessaire et quand nous le souhaitons.»

Au sujet des négociations difficiles entre le Canada et les États-Unis sur la modernisation de l'ALENA, M. Trudeau a affirmé que le dialogue se poursuit entre les équipes de négociateurs des deux pays, mais que le Canada ne signera jamais un accord qui ne répond pas à ses besoins. «C'est très possible d'avoir un bon accord pour le Canada et qu'il le soit aussi pour les États-Unis et le Mexique.»