Montréal se rapproche dangereusement du creux d'emplois observé lors de la dernière récession. Depuis sept mois, la métropole a perdu 42 900 emplois, une situation que le maire Gérald Tremblay estime «préoccupante».

Mis à jour le 11 janv. 2012
Pierre-André Normandin LA PRESSE

En décembre dernier, 919 500 personnes occupaient un emploi dans l'île de Montréal, selon l'Institut de la statistique du Québec. C'est à peine 6000 de plus qu'au plus fort de la dernière récession, en septembre 2009.

Sans surprise, le taux de chômage a rapidement augmenté depuis mai dans l'île de Montréal. Il est passé de 8,7% à 10,8%. Au plus fort de la dernière crise, il avait atteint 12,1%, en juillet 2009.

L'agglomération de Montréal compte présentement 111 000 chômeurs, soit 12 800 de plus qu'à pareille date l'an dernier. Le chômage avait connu un sommet en juillet 2009 alors que 126 100 personnes cherchaient du travail. Leurs rangs avaient diminué jusqu'en mai 2011 pour atteindre 92 200.

Les difficultés de Montréal ont entraîné dans leur sillage ses couronnes nord et sud. Le mois de décembre a été particulièrement dur pour la région métropolitaine avec la perte de 17 300 emplois, dont 12 900 à l'extérieur de l'île. Dans le reste du Québec, on déplore la perte de 5800 emplois en décembre.

Malgré le recul de l'emploi, le Mouvement Desjardins reste optimiste pour 2012. «Ça devrait repartir en 2012 pour le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques et le secteur de la santé», croit l'économiste Chantal Routhier.

En conférence à Toronto, le grand patron de la Banque Nationale, Louis Vachon, ne s'est pas dit inquiet par la hausse du taux de chômage au Québec. Le dirigeant s'attend à voir la situation de l'emploi se redresser rapidement.

La chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) estime néanmoins que la ville se trouve dans une situation précaire. Une détérioration de l'économie aux États-Unis ou en Europe risque de frapper durement. «Les secteurs les plus touchés, ce sont des secteurs habituellement plus stables, par exemple les secteurs de la santé et des services professionnels, scientifiques et techniques. On se demande comment interpréter ça: est-ce une détérioration temporaire? C'est inhabituel», indique le président de la CCMM, Michel Leblanc.

Le maire préoccupé

«On est préoccupés», indique pour sa part Gérald Tremblay, en entrevue à La Presse. Dans son dernier budget, son administration a gonflé les enveloppes dédiées aux programmes d'aide aux commerces et industries pour faire face à la situation à court terme, mais le maire reconnaît que le gouvernement devra prendre des mesures pour soutenir l'économie de l'agglomération à long terme.

L'opposition à l'hôtel de ville accuse pour sa part l'administration Tremblay de laisser la situation économique s'enliser. Vision Montréal en vient même à jalouser Québec et son maire qui rentre d'une tournée économique dans le Nord québécois avec le premier ministre québécois. «Je ne suis pas le plus chaud partisan de Régis Labeaume, mais je constate que, pour créer du développement économique, il prend des initiatives, il suit les opportunités, il demande, exige et obtient des choses. À Montréal, le maire préfère discuter derrière des portes closes», déplore le conseiller d'opposition Pierre Lampron.

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, attribue pour sa part la détérioration de l'emploi à l'administration Tremblay qui n'a pas su retenir les travailleurs dans l'île, les laissant s'établir en banlieue. «L'emploi suit la population», résume-t-il. Richard Bergeron indique que, depuis 10 ans, moins du quart des emplois créés dans la région l'ont été dans l'île. En fait, 78% des nouveaux emplois ont atterri dans les couronnes nord et sud.

Le maire Tremblay rejette d'un revers de main les accusations de l'opposition lui attribuant la responsabilité du recul de l'emploi. «Ce n'est pas sérieux. On a tout fait ce qu'on peut faire avec des ressources limitées.»