La grève tournante des employés de Postes Canada s'arrête aujourd'hui à Montréal, Toronto et Scarborough, une première depuis le début du mouvement social. «On monte d'un cran», dit le président du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), section de Montréal et de la Rive-Sud, Alain Duguay. Près de 10 jours après le début de la grève, aucune entente n'est encore en vue chez Postes Canada.

Anabelle Nicoud LA PRESSE

Entre le STTP et la direction de Postes Canada, le torchon brûle toujours. Dans les succursales, les relations se dégradent entre les syndiqués et les cadres. La convention collective ne s'applique plus depuis le début de la grève. «Chaque surveillant interprète le Code canadien du travail comme il le souhaite. C'est un peu le «free for all»», estime M. Duguay.

Le courrier ne sera distribué que les lundis, mercredis et vendredis dans la majorité des centres urbains du Canada. Une mesure rendue nécessaire par la baisse du volume de courrier depuis le déclenchement des grèves tournantes, selon Postes Canada. Depuis plusieurs jours, de nombreux employés contestent toutefois cette version des faits et soutiennent que Postes Canada laisse plutôt le courrier, prioritaire ou non, s'empiler dans ses succursales.

«Il y a des journées où je ne peux pas finir ma route, car ils refusent qu'on fasse des heures supplémentaires. Il y a des routes qui restent sur le plancher, et certaines caches sont pleines de courrier, explique un facteur montréalais qui a demandé de garder l'anonymat. Peut-être que les choses vont se régler demain, mais en même temps, ça ressemble de plus en plus à une guerre sale.»

De son côté, Postes Canada regrette la tournure des événements. «Ce n'est absolument pas nécessaire. Les grèves ont un prix élevé pour l'entreprise et les employés. On parle de 65 millions, et c'est un chiffre qu'on n'est pas sûrs de revoir», estime Anick Losier, porte-parole de Postes Canada. Selon Mme Losier, Postes Canada ne retient pas le courrier. «À l'échelle nationale, le volume a baissé de 50%: c'est réel. On doit ajuster nos heures maintenant pour répondre aux besoins de nos clients tout en minimisant les coûts.»

Les négociations se poursuivent, et si le STTP craint de se voir imposer une convention collective grâce à une loi d'exception, Postes Canada espère toujours que son offre soit acceptée par le syndicat. «Au lieu de faire la grève, le syndicat devrait avoir des négociations sérieuses.»