Maintenant qu'on sait que la Banque du Canada augmentera son taux directeur après une pause de plus d'un an, la question qui se pose est quand, et surtout de combien les taux augmenteront-ils? Rapidement, mais de façon modérée, prévoient les spécialistes.

Hélène Baril LA PRESSE

La réponse se trouve en filigrane dans le Rapport sur la politique monétaire publié hier par la Banque du Canada. Les taux augmenteront dès le 1er juin et des hausses seront ensuite annoncées à chaque occasion que la Banque aura de les modifier d'ici la fin de l'année, estiment les observateurs interrogés hier.

«La Banque n'attendra pas», conclut l'économiste Benoit P. Durocher, de Desjardins, après avoir lu le rapport de 30 pages. Après avoir ouvert la porte à une hausse de taux mardi dernier, la Banque indique maintenant que la première hausse sera annoncée à sa réunion du 1er juin prochain, estime-t-il.

La Banque constate que la reprise a été plus rapide que prévu et qu'après avoir fini l'année 2009 avec une croissance de 5%, l'économie canadienne commence 2010 avec une croissance qui s'annonce encore plus forte, à 5,8%. «La hausse plus prononcée qu'escompté du revenu des ménages et de la demande étrangère a donné un nouveau coup de fouet au dernier trimestre de 2009 et au premier trimestre de 2010», constate-t-elle.

Pour l'ensemble de 2010, sa prévision de croissance est de 3,7%, soit 0,8% de plus que dans son scénario précédent.

«C'est un scénario relativement optimiste qui laisse croire à une hausse rapide des taux», précise Benoit P. Durocher. Le plus optimiste des prévisionnistes privés au Canada mise sur une croissance plus modeste, à 3,4%, comme le Fonds monétaire international, qui prévoit 3,1%, rappelle-t-il.

Dès le 1er juin, le taux directeur de la Banque du Canada devrait augmenter de 25 points de base, croit lui aussi Eric Lascelles, stratège en chef pour le Canada à la Banque TD. Par la suite, des hausses équivalentes seront annoncées à chacune des réunions de la Banque d'ici la fin de l'année, prévoit-il.

La Banque du Canada a cinq occasions d'augmenter son taux directeur d'ici la fin de l'année, ce qui le ferait passer de 0,25% à 1,5% si les hausses sont limitées à 25 points de base chaque fois.

C'est ce qui risque de se produire, estime Stéfane Marion, stratège à la Financière Banque Nationale. «Une hausse de 50 points de base n'est pas à exclure, mais seulement si l'économie américaine se replace plus rapidement», précise-t-il.

Pause à prévoir

Après les hausses de cette année, il est probable que la Banque du Canada fasse une pause au début de 2011. «Ça pourrait être nécessaire pour analyser l'impact des hausses de taux sur l'économie et sur la valeur du dollar canadien», explique Benoit P. Durocher.

Une ou plusieurs pauses de la Banque du Canada permettraient aussi à la Réserve fédérale américaine de réduire l'écart de taux qui aura eu le temps de se créer.

Actuellement, la Réserve fédérale n'est pas prête à augmenter son taux directeur, qui est toujours à 0,25%. Chez Desjardins, on estime qu'elle ne le sera pas avant mars prochain, tandis que Stéfane Marion de la Financière Banque Nationale n'écarte pas que ça puisse se produire dès cet été.

Des taux d'intérêt plus élevés au Canada qu'aux États-Unis auraient pour effet d'attirer les investissements et de faire grimper la valeur du dollar canadien, ce qui risque d'avoir des impacts négatifs sur l'économie canadienne.

Quoi qu'il arrive, la Banque du Canada s'est donné toute la marge de manoeuvre nécessaire pour faire des ajustements.

«Lors d'un tournant de cycle, on peut être surpris, il est difficile d'estimer plusieurs variables, dont les pressions inflationnistes», dit Stéfane Marion.

Selon la Banque du Canada, l'économie canadienne tourne à 2% en deçà de son potentiel, un écart qui devrait disparaître au 2e trimestre de 2011, un trimestre plus tôt que prévu. Avec un taux d'inflation contenu à 2%, le taux directeur de la Banque serait alors à 4%, selon le scénario classique. Mais attention, prévient Stéfane Marion, il est très possible que le nouveau taux d'équilibre soit plutôt autour de 2,75 ou 3%, compte tenu de l'évolution de l'économie.

 

le PIB bondit au Québec

L'économie québécoise a connu un bon mois de janvier. Le PIB réel par industrie a augmenté de 0,9%. Le mois précédent, la hausse avait été de 0,7%. «La hausse du PIB réel en janvier surprend par son ampleur», souligne l'économiste Hélène Bégin, de Desjardins. «Le fait que l'économie du Québec ait complètement récupéré le terrain perdu au cours de la récession constitue une excellente nouvelle.»