Avec le départ des Américains de l’Afghanistan, le nouveau régime qui tente de se mettre en place pourrait profiter d’un trésor. Le pays d’une superficie équivalente à l’ensemble du territoire français est un des rares territoires pratiquement inexploités dans le monde.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

De l’or, du cuivre, du pétrole, des métaux stratégiques et des terres rares… La terre afghane regorge de richesses, disent plusieurs médias, qui citent le rapport sur les ressources minières de l’Afghanistan de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS).

Les talibans seraient donc assis sur un trésor de 1000 milliards de dollars américains, selon plusieurs estimations, dont celles des Nations unies et de l’Union européenne.

Ça reste à voir. Le journaliste spécialisé Frik Els, dans un blogue publié sur le site Mining.com, affirme que tout ça n’est qu’un mirage.

Selon lui, le portrait des richesses minérales d’Afghanistan se base sur d’anciennes informations diffusées par le Pentagone en 2010 pour tenter de justifier l’invasion du pays par les troupes américaines. Les estimations du potentiel minier afghan reposeraient sur les travaux de géologues soviétiques réalisés dans les années 1970, estimations anciennes auxquelles les prix d’aujourd’hui des matières premières les plus convoitées de la planète ont été associés.

Lisez un article sur le potentiel minier afghan (en anglais)

Ça donne donc le potentiel de 1000 milliards de dollars américains dont il est question ces jours-ci, et qui serait maintenant aux mains des heureux talibans.

Même si ce n’est pas l’Eldorado, il est facile de croire qu’un pays de la taille de l’Afghanistan recèle un bon potentiel minier. Mais encore faut-il pouvoir l’exploiter.

Il faut des années et des milliards en investissements pour explorer, repérer et exploiter une mine. Dans un pays où tout reste à faire, qui n’a ni route, ni eau, ni électricité, le défi est encore plus énorme. Aucun investisseur privé n’est prêt à prendre autant de risques.

Intérêt de la Chine

La Chine, qui s’était entendue en 2008 avec le gouvernement afghan déchu pour exploiter le riche gisement de cuivre de Mes Aynak, à côté de la capitale, n’a pas réussi à faire avancer le projet, qui était déjà paralysé depuis plusieurs années déjà lors de la chute de Kaboul.

Moins scrupuleux que les gouvernements occidentaux et surtout plus avide de ressources, le gouvernement chinois avait aussi conclu des ententes avec les Afghans pour investir dans l’exploitation pétrolière et la production d’électricité. Aucun de ces projets n’avait encore débloqué avant la grande débandade des Américains.

S’il faut en croire un des organes officiels d’information du gouvernement chinois, le Global Times, les entreprises chinoises sont prêtes à se remettre au travail en Afghanistan, à condition que le régime des talibans obtienne la reconnaissance de la communauté internationale. Comme le reste du monde, la Chine veut des assurances que le pays ne deviendra pas un repaire pour le terrorisme international ou, pire encore de son point de vue, pour les opposants à son gouvernement.

Sous l’occupation américaine, grâce à l’aide humanitaire et aux fonds d’aide internationale, quelques projets de développement avaient été amorcés dans le pays, qui vit essentiellement de l’agriculture. Tout ça s’est arrêté avec le changement de régime. L’aide internationale a été suspendue et les réserves et les lignes de crédit, gelées.

Les nouveaux maîtres de ce qui reste un des pays les plus pauvres du monde, avec un PIB par habitant de 500 $ US, sont actuellement sans ressources et pourraient le rester longtemps.

Ça ne veut pas dire sans revenus. On sait que les talibans ont assez bien réussi à financer leurs activités avec les revenus tirés de la culture et du trafic de la drogue, des activités toujours florissantes en Afghanistan. Ils taxent aussi ceux qui empruntent les routes et les principales voies commerciales et ont fait beaucoup d’argent avec les activités générées par les troupes internationales qui ont séjourné dans le pays.

Mais gouverner un pays en ruine demande des ressources autrement importantes que faire la guérilla. Et on ne parle même pas d’investir des milliards dans le développement de l’économie. Le gouvernement des talibans a besoin de l’aide extérieure pour permettre au pays de fonctionner minimalement et pour se maintenir au pouvoir. Ils n’ont peut-être pas changé depuis 20 ans, mais ils seront sûrement obligés de faire des concessions à partir de maintenant.