(Washington) La pandémie semble n’être plus qu’un mauvais souvenir pour les consommateurs américains, mais les difficultés d’approvisionnement et la hausse des prix empêchent l’économie de repartir à plein régime, un sujet qui devrait être au cœur de la réunion de la Banque centrale (Fed) mardi et mercredi.

Julie CHABANAS Agence France-Presse

Les ventes au détail ont reculé de 1,3 % en mai, pour la première fois depuis février, selon les données publiées mardi par le département du Commerce.

En cause notamment, les ventes de voitures neuves qui baissent (-3,7 %), puisque les fabricants sont contraints par la pénurie mondiale de semi-conducteurs à ralentir la cadence, malgré une demande toujours très élevée.

La vie a repris aux États-Unis, maintenant que près de la moitié de la population est totalement vaccinée.

Mais les secteurs qui avaient brillé pendant la crise sont désormais boudés par les consommateurs : les ventes sont en baisse pour l’ameublement de la maison (-2,1 %), l’électroménager (-3,4 %), le jardinage et les matériaux de construction (-5,9 %).

À l’inverse, les bars et restaurants retrouvent leur clientèle (+1,8 %), après avoir particulièrement souffert depuis un an.

Et maintenant que les consommateurs américains sortent de nouveau de chez eux, ils ont besoin de renouveler leur garde-robe : les magasins de vêtements et accessoires ont vu leurs ventes grimper de 3 %.

Inquiétudes pour le pouvoir d’achat

Les ventes au détail devraient connaître des mois difficiles, ce qui ne doit « pas être considéré comme un signe de méfiance des ménages, mais plutôt un signe que les consommateurs vaccinés réorientent leurs dépenses vers les services », souligne Lydia Boussour, analyste pour Oxford Economics, dans une note.

En effet, voyages, concerts, loisirs… Les services qui, avec la réouverture, captent une part de plus en plus importante de l’argent des ménages américains ne sont pas comptés dans ces chiffres.

Par ailleurs, avertit Mme Boussour, « les prix des biens ont pesé sur les attitudes d’achat des consommateurs ».

Les ménages américains s’inquiètent en effet pour leur pouvoir d’achat, car les prix grimpent.

Les prix de vente des produits fabriqués aux États-Unis et des services fournis par des entreprises américaines ont d’ailleurs atteint en mai un record, selon l’indice PPI publié mardi par le département du Travail.

Et même les constructeurs de maisons individuelles, dont l’activité a bondi au cours de l’année passée, broient désormais du noir.

« La hausse des prix des matériaux et les perturbations sur la chaîne d’approvisionnement ont fait chuter la confiance des constructeurs à leur plus bas niveau depuis août 2020 », selon l’enquête mensuelle de l’Association nationale du secteur (NAHB) et de Wells Fargo.

Que dira la Fed ?

Le risque posé par l’inflation va sans aucun doute être discuté lors de la réunion du Comité monétaire de la Banque centrale américaine (Fed), qui a débuté mardi matin et s’achèvera mercredi midi.

L’institution monétaire a jusqu’à présent martelé que la hausse des prix est temporaire, anticipant une inflation autour de 2 %, son objectif, à partir de 2022.

La Fed donnera mercredi sa dernière projection d’inflation qui sera scrutée par les économistes, car les inquiétudes persistent.

La banque américaine JPMorgan Chase a ainsi « environ 500 milliards de dollars de liquidités » après en avoir « accumulé de plus en plus, en attendant l’opportunité d’investir à des taux plus élevés », a indiqué lundi lors d’une conférence son patron Jamie Dimon.

« Nous allons être très patients, car je pense que vous avez de très bonnes chances que l’inflation soit plus que transitoire », avait-il continué.

Aucun changement de la part de la Fed, dont l’un des objectifs est de maintenir l’inflation autour de 2 %, n’est en effet attendu. Les taux directeurs devraient demeurer dans la fourchette de 0 à 0,25 %, et le rythme des achats d’actifs devrait être maintenu.

Car l’institution veut aussi, avant d’agir, que le pays ait retrouvé le plein emploi. Car si le taux de chômage est tombé à 5,8 %, il reste très loin des 3,5 % d’avant la crise, et il manque encore 7,6 millions d’emplois par rapport à cette période.

Mais les responsables de l’institution monétaire de Washington pourraient donner des indications sur le moment auquel ils envisagent de réduire le soutien de la Fed à l’économie.

Ils publieront également des prévisions économiques – croissance et emploi – probablement améliorées.